• Yanik Comeau

25 août

Mis à jour : il y a 4 jours

Théâtralités souligne quatre naissances qui s'étendent sur un centenaire! Que le rideau se lève!


1870: Naissance d’Antoine Godeau


Né à Paris, Antoine Godeau s'appelait Anthony Bailly avant d'adopter son nom de scène. Comédien, metteur en scène et régisseur, il obtient un diplôme d'ingénieur et fait son service militaire en France avant de travailler dans le domaine de la construction tout en suivant des cours d'art dramatique avec Henri-Polidor Maubant et Gustave Worms. Quand il arrive à Montréal à 27 ans, c'est pour travailler à la Dominion Bridge et pour enseigner la mécanique industrielle. Mais rapidement, le théâtre et son sens des affaires le feront bifurquer. En 1898, il cofonde le Théâtre des Variétés avec Léon Petitjean. En 1900, il assume la direction artistique du Théâtre Renaissance. C'est la même année que Paul Cazeneuve fonde le Théâtre National. Godeau y travaillera comme régisseur et acteur pendant quinze ans. Sur scène, il joue toujours les seconds violons mais son implication dans les productions se limite rarement à l'interprétation. Il assume aussi la régie, la scénographie ou la direction d'acteurs. En 1924, il se joint à la troupe de Fred Barry et d'Albert Duquesne comme administrateur et metteur en scène. Il travaillera avec eux au Théâtre Canadien (1924-1925), au Chanteclerc (1925-1928), au Théâtre Impérial de Québec (1927-1928) puis au Stella (1930-1934) bien avant que le Rideau Vert ne s'y installe. Il prend alors une semi-retraite mais joue quand même dans La Pension Velder de Robert Choquette à la radio. En 1941, il sort de la retraite pour assumer la direction artistique du Théâtre Arcade jusqu'à sa mort le 7 juin 1946. Bien que l'on considère Pierre Dagenais (1923-1990) le premier «vrai» metteur en scène du Québec, plusieurs reconnaissent le «Père Godeau» - comme on l'appelait affectueusement - comme notre premier directeur d'acteurs, reconnu pour la rigueur de son travail. Il était aussi le père de la comédienne Marthe Thiéry.


1903: Naissance de Rose Ouellette

Née à Montréal, la comédienne Rose Ouellette, qui allait devenir mieux connue sous le surnom de La Poune, s'est rapidement imposée comme la reine du burlesque au Québec. Elle connaît une carrière remarquable sur scène, dans les cabarets, à la télévision et au cinéma. C'est avec le comédien et chanteur Paul Hébert qu'elle fait ses débuts au King Edward en 1919. Peu de temps après, elle fera la connaissance d'Olivier Guimond père (Tizoune) avec qui elle formera un duo comique formidable. On accorde d'ailleurs à Guimond la paternité du surnom La Poune. Entre 1928 et 1936, elle fait ses classes comme directrice de théâtre en tenant la barre du Théâtre Cartier dans Saint-Henri. Quand elle assume la direction du Théâtre National en 1936, elle en fait le haut lieu du burlesque québécois. On devinera bien qu'elle est la première femme à assumer de telles responsabilités, comme nous le rappelle l'historien du théâtre, Jean-Marc Larrue dans le Dictionnaire des artistes du théâtre québécois. Elle chante, elle danse, elle est irrévérencieuse dans son jeu et dans tout ce qu'elle fait. Le public l'adore et elle lui rend bien avec sa fameuse phrase: «J'aime mon public et mon public m'aime». Après avoir dirigé Le National pendant 10 ans, elle voit que le burlesque périclite et, en 1948, elle quitte ce théâtre pour joindre la Troupe Grimaldi établie au Théâtre Canadien. Elle fait aussi beaucoup de tournée. En 1958, elle forme un autre duo à succès avec son amie Juliette Petrie avec qui elle fait du cabaret. Elle jouera aussi à la télé, surtout dans des rôles comiques, dans des séries comme Rue des Pignons, Chère Isabelle, Les Brillant et Les Moineau et les Pinson. Sur scène, elle travaillera régulièrement au Théâtre d'été Le Saint-Laurent dont Réjean Lefrançois est le directeur et propriétaire. Elle jouera là et au Théâtre des Variétés de Gilles Latulippe des pièces de vaudeville, françaises et québécoises. En 1974, elle sera de la création d'Un jour, ce sera notre tour de Serge Sirois au TNM. Au cinéma. elle sera de l'adaptation de Coeur de maman, la pièce d'Henry Deyglun et elle tournera dans Les Aventures d'une jeune veuve de Roger Fournier. Elle mourra à 93 ans le 14 septembre 1996, toujours aussi appréciée du public.


1916: Naissance de Sita Riddez

Née à Lyon en France en 1916, elle arrive au Québec à l'âge de 4 ans avec ses parents, tous deux artistes (papa est baryton à l'opéra, maman est pianiste) et ses soeurs Mia (comédienne et auteure) de deux ans son aînée et Lygie (danseuse). Sita Riddez aura une formidable carrière de professeure de théâtre, tant en cours privés que comme membre du corps professoral du Conservatoire d'art dramatique de Montréal qu'elle joindra peu de temps après sa fondation en 1954 par Jan Doat et auquel elle sera fidèle pendant plus de 30 ans. Mais elle jouera aussi, surtout dans sa jeunesse. Plusieurs des grandes comédiennes de notre théâtre lui doivent une partie de leur apprentissage. Les Gisèle Schmidt, Denise Pelletier, Andrée Lachapelle la citeront souvent comme mentor. Sa formation à elle, elle l'obtiendra du Conservatoire de Paris où elle reçoit le premier prix d'interprétation. Avant de revenir au Québec, elle partira en tournée dans son pays natal et en Amérique du Sud. Elle sera tellement appréciée que la prestigieuse Comédie-Française lui offrira de joindre ses rangs, mais elle reviendra à Montréal pour retrouver ses proches. Dans les années 40, elle sera épatante dans L'Aiglon et Cyrano de Bergerac de Rostand, dans Athalie de Racine, dans Les Parents Terribles de Cocteau. Dans les années 60, elle participera à deux créations québécoises avec le Théâtre du Nouveau Monde, Les Bois-Brûlés de Jean-Louis Roux au Théâtre Port-Royal de la Place des Arts et La Dalle des morts de Félix-Antoine Savard à L'Orphéum. Son héritage est considérable et toutes ses années d'enseignement rayonnent encore sur nos scènes et sur nos écrans. Elle meurt à Montréal le 26 avril 2002 à l'âge de 85 ans.


1977: Naissance de Sophie Cadieux

Après ses études au Conservatoire d'art dramatique de Montréal, Sophie Cadieux se taille une place enviable dans l’espace théâtral montréalais. C'est plus d'une trentaine de productions qu'elle aligne, surtout dans les plus petits théâtres qui favorisent la création, mais on la verra sur toutes les scènes: Espace Libre (Nouveau Théâtre Expérimental dans Animaux d'Alexis Martin, Silence radio, un collectif du Théâtre de la Banquette arrière dont elle est cofondatrice et codirectrice artistique, Lapin blanc, lapin rouge de Nassim Soleimanpour), le Centre du Théâtre d'Aujourd'hui (Des Yeux de verre de Michel Marc Bouchard, Toccate et fugue d'Étienne Lepage, Moi, dans les ruines rouges du siècle d'Olivier Kemeid), le Prospero (Les Larmes amères de Petra von Kant de Fassbinder), le Théâtre Denise-Pelletier (Le Timide à la cour de Tirso de Molina), le Théâtre du Nouveau Monde (Ha ha!... et L'Avalée des avalés de Réjean Ducharme, L'Imposture d'Evelyne de la Chenelière, L'Imprésario de Smyrne de Goldoni), mais surtout La Licorne dans des productions de La Manufacture ou d'autres compagnies (Cette fille-là de Joan MacLeod, un solo dans lequel elle triomphera, Après la fin de Dennis Kelly, Betty à la plage de Christopher Durang, Des arbres de Duncan Macmillan, La Fête sauvage de Mathieu Gosselin) et au Théâtre Espace Go où elle fait une résidence de trois ans qui ne passe pas inaperçue. Elle y pose un regard sur son rôle d’artiste, sur sa vie de femme citoyenne et aussi sur la trace qu’elle laisse à travers les traces des autres. On la verra dans La Fureur de ce que je pense à partir des textes de Nelly Arcan, Les Pieds des anges, Désordre public et La Vie utile d'Evelyne de la Chenelière, Top Girls de Caryl Churchill, La Ville de Martin Crimp, Blanche Neige et la Belle au Bois Dormant d'Elfriede Jelinek... En 2014, elle signe sa première mise en scène, Tu iras la chercher de Guillaume Corbeil. S'en suivront Gamètes de Rébecca Déraspe, Fanny et Alexandre au Théâtre Denise-Pelletier et Chronique d'un coeur vintage (Les Mots des autres) avec Émilie Bibeau. En 2016, elle reçoit le Prix de l’Association québécoise des critiques de théâtre (AQCT) pour la meilleure interprétation féminine avec 4.48 Psychose de Sarah Kane, où elle livre une performance époustouflante. En 2019, elle jouait pour la première fois chez Duceppe dans Disparu.e.s de Tracy Letts. À la télé, c'est le rôle de Clara, la soeur de Benoît (James Hyndman) dans Rumeurs d'Isabelle Langlois qui la rend irrésistible au public. Elle triomphera aussi dans Les Lavigueur,, la vraie histoire, Stan et ses stars, Watatatow qui lui vaut une nomination et un prix Gémeaux. Plus récemment, elle renouait avec l'écriture d'Isabelle Langlois en partageant la vedette de Lâcher prise avec Sylvie Léonard, rôle qui lui mérite encore prix et nominations. En juin 2018, toujours pour Lâcher prise, elle a été nommée pour la Nymphe d’Or dans la catégorie: Meilleure Actrice dans le cadre de la 58e édition du Festival de Télévision de Monte-Carlo, à Monaco. Au cinéma, on l'a vue dans La Vallée des larmes de Maryanne Zéhil, Funkytown de Daniel Roby, Tromper le silence de Julie Hivon, Jaloux de Patrick Demers, Les rois mongols de Luc Picard, ainsi que du court métrage Quelqu’un d’extraordinaire de Monia Chokri. Pendant la saison alternative du TNM en 2020-2021, elle signait la mise en scène de l'adaptation du Petit Prince présentée en téléthéâtre à Télé-Québec en collaboration avec Yannick Nézet-Séguin et l'Orchestre Métropolitain. Bonne fête, Sophie!

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