• Yanik Comeau

24 décembre

Mis à jour : janv. 20

Trois naissances, un décès: quatre grands hommes de théâtre. Que le rideau se lève!


1926: Naissance de Paul Buissonneau


Né à Paris, Paul Buissonneau était un homme à tout faire, un artiste, un artisan, un entrepreneur. Surtout connu comme comédien, metteur en scène, fondateur de La Roulotte, cofondateur et directeur artistique du Théâtre de Quat'Sous, il était aussi animateur, régisseur, décorateur, auteur, marionnettiste, chanteur, professeur de mime. Avant de s'en venir au Québec, il étudie avec Hubert Gignoux, Yves Joly et Léon Chancerel et devient régisseur du Théâtre de la Ville et des Champs. En 1946, il se joint aux Compagnons de la Chanson qui l'amèneront au Québec quatre ans plus tard. À partir de 1952, comme nous le rappelle feue Renée Noiseux-Gurik dans le Dictionnaire des artistes du théâtre québécois, il anime La Roulotte, le théâtre ambulant qui circule dans le parcs de Montréal et qui demeure encore aujourd'hui un de ses grands legs. Il y «développe son style fantaisiste et ingénieux, qui galvanise et renouvelle la scène québécoise». Inspiré des petits moyens de la Commedia dell'arte et du théâtre de rue parisien, il sait faire du théâtre avec peu de moyens, ceux du bord. Lorsqu'il fonde le Théâtre de Quat'Sous avec Yvon Deschamps, Claude Léveillée, Jean-Louis Millette (et, pas très loin, Louise Latraverse), le choix de nom n'est pas étranger à cette «simplicité volontaire» quelque peu imposée. Il imposera rapidement la compagnie comme une incontournable sur la scène théâtrale montréalaise, d'abord avec des pièces étrangères (Orion le tueur de Maurice Fombeurre et Jean-Pierre Grenier, La Tour Eiffel qui tue de Guillaume Hanoteau, La Bande à Bonnot d'Henri François Rey, Malbrough s'en va-t-en guerre de Marcel Achard, Les OIseaux de lune de Marcel Aymé...) mais ouvrant rapidement la porte aux Michel Tremblay (En pièces détachées, À toi, pour toujours, ta Marie-Lou, Hosanna, La Duchesse de Langeais, Les Anciennes Odeurs), Marie Savard (Bien à moi Marquise), Michel Faure (Le Diable en été, N'écrivez jamais au facteur, Le Chinois), Serge Sirois (Aujourd'hui, peut-être), Michel Garneau (Le Bonhomme 7 heures, Quatre à quatre), Jean Barbeau (Goglu) et combien d'autres. Avec ses complices, il installe le Quat'Sous dans une ancienne synagogue de l'Avenue des Pins en 1963 après son séjour au Grenier de Toulouse en France pour un stage en mime auprès de Maximilien Decroux grâce à une bourse du Conseil des Arts du Canada. En plus de faire des choix de programmation audacieux comme directeur artistique et metteur en scène au Quat'Sous, il est appelé à monter Ionesco, Tardieu, Dario Fo, Guy Foissy, Carlo Gozzi, Molière, Antonine Maillet au Théâtre du Rideau Vert, au Théâtre Populaire du Québec, au TNM, dans les écoles de théâtre. Excellent acteur bien connu aussi pour son Piccolo des émissions jeunesse de Radio-Canada, il jouera peu à partir des années 90s, prétextant qu'il est trop paresseux pour apprendre des textes. En 1976, il reçoit le prix Victor-Morin pour son importante contribution au théâtre québécois. Il se jouera lui-même dans un épisode mémorable de la série télé Tout sur moi à Radio-Canada vers la fin de sa vie. Quelques mois avant de mourir, à 87 ans, il s'est entretenu avec Rosaire Fontaine pour ZoneCulture.



Et plusieurs années auparavant, parlant de son éventuelle mise en scène de L'Oiseau vert de Gozzi au TNM à l'émission Le Point J de Julie Snyder à TVA aux côtés de Benoît Brière.



1945: Naissance d'André Cartier

Le comédien André Cartier a fait ses études à l'École Nationale de Théâtre du Canada. Surtout connu pour ses rôles à la télé dans des séries jeunesse qui se sont étalées sur trois décennies (Les Oraliens, Youhou, Passe-Partout, Pop Citrouille...), il a aussi joué au théâtre, notamment dans la comédie musicale de Louis-Georges Carrier et Claude Léveillée, Les Posters, mise en scène par Richard Martin au Théâtre du Rideau Vert en 1968, dans la comédie-farce de Jacinto Benavente inspirée de la Commedia Dell Arte, Les Intérêts créés, mise en scène par Yvette Brind'Amour aussi au Rideau Vert en 1969 et dans Papineau Rides Again de Marc F. Gélinas dans une mise en scène de Jean-Guy Moreau au Centre du Théâtre d'Aujourd'hui en 1972. André Cartier est décédé des suites d'un cancer dans sa résidence de Dunham en Estrie le 22 mai 2020.


1966: Naissance de François Papineau

En sortant de l'École Nationale de Théâtre du Canada en 1990, le comédien François Papineau s'est rapidement taillé une place sur la scène théâtrale montréalaise. Natif de la métropole, il a fait un théâtre résolument urbain avec la gang de Momentum dont il fait partie de l'oeuf. On le verra dans la reprise de Dernier délire permis et dans Helter Skelter, des mises en scène de Jean-Frédéric Messier. Avec Sylvie Moreau, qui deviendra sa conjointe pendant un bon moment, il crée L'Incompréhensible Vérité du maître, l'une des XII messes pour le début de la fin des temps, un des projets de Momentum. Toujours attiré par la création et les esthétismes singuliers, il jouera dans plusieurs productions de Paula de Vasconcelos avec Pigeons International: Perdus dans les coquelicots, Du sang sur le cou du chat, Savage Love, The Making of Macbeth et Cruising Paradise. Il sera aussi de créations d'Alexis Martin avec le Nouveau Théâtre Expérimental (Bureaux, Les Chemins qui marchent, Le Pain et le Vin) et avec le Théâtre du Nouveau Monde (L'Odyssée, L'Illiade d'après Homère), de Daniel Danis avec Les Deux Mondes (Les Nuages de Terre) et à Espace GO (Le Chant du Dire-Dire), de Serge Boucher (Motel Hélène, Là) et de François Archambault (Cul sec). Il travaille beaucoup avec Omnibus et Jean Asselin dans des créations expérimentales ou dans Shakespeare (Le Roi Lear au TNM). Parlant du TNM, il y jouera aussi Tennessee Williams (Un Tramway nommé Désir), Arthur Miller (Vu du pont), Claude Gauvreau (La Charge de l'orignal épormyable), Réjean Ducharme (Ha ha!...), Beamarchais (Le Barbier de Séville) et Pierre Yves Lemieux (l'adaptation de La Belle et la Bête mise en scène par Michel Lemieux et Victor Pilon). À la télé aussi, il variera les projets: la sitcom Catherine, le téléroman Les Poupées russes, la fascinante série anthologique expérimentale États humains, les séries Unité 9, En thérapie, Séquelles, 5e Rang, Contre-offre... Au cinéma, il tourne avec Robert Lepage (Le Confessionnal), Jean Beaudin (Le Collectionneur), Guy Édoin (Marécages), Denis Chouinard (L'Ange de goudron), Louis Bélanger (Le Génie du crime, Post Mortem, Route 132, Les Mauvaises Herbes), François Delisle (Cash Nexus), Jean-Philippe Duval (14 jours, 12 nuits), Michel Monty (Une Vie qui commence), Benoit Pilon (Iqaluit, Le Club Vinland) et Sébastien Pilote (La Disparition des lucioles), entre autres. Partout où il passe, il excelle. Bonne fête, François!


1990 : Décès de Pierre Dagenais

Né le 29 mai 1923 à Montréal, Pierre Dagenais était metteur en scène, comédien, auteur et fondateur de L'Équipe, une des compagnies les plus en vue et les plus innovatrices de son époque. À 10 ans, il rencontre la célèbre Mme Audet, illustre professeure de diction et de phonétique de l'époque, qui lui apprend les rudiments de l'art dramatique et l'initie aux classiques. À 16 ans, il décroche son premier rôle professionnel dans Les Jours heureux de Claude-André Puget au Montreal Repertory Theatre français. Il fait ensuite ses classes au sein des Compagnons de saint Laurent et du Théâtre Arcade. En 1942, il fait paraître un manifeste intitulé Ce que sera L'Équipe dans plusieurs journaux de la métropole. Il présente ainsi au public sa nouvelle compagnie théâtrale qui entend «réformer les modes de production» comme l'explique Sylvain Schryburt dans le Dictionnaire des artistes du théâtre québécois: augmentation du nombre d'heures de répétition, disparition de la boîte du souffleur, collaboration étroite entre les concepteurs du spectacle. Les jeunes comédiens qu'il réunit autour de son projet sont parmi les vedettes montantes de l'époque: Janine Sutto, Yvette Brind'Amour, Robert Gadouas, Roger Garceau, Huguette Oligny, Muriel Guilbault, Nini Durand. Le 14 janvier 1943, à l'âge de 19 ans, il présente sa première mise en scène Altitude 3 200 de Jean Luchaire qui se mérite les éloges de la critique. On souligne la rigueur de sa mise en scène, la cohésion du spectacle, la justesse des interprètes qui deviendront les marques de commerce de la compagnie, souligne Sylvain Schryburt. Elle ne durera que cinq ans et disparaîtra en 1948 après plusieurs échecs, mais son héritage demeurera riche et permettra à plusieurs de ses aventuriers d'avoir des carrières mémorables. Pierre Dagenais passera à la réalisation à Radio-Canada pendant quelques années et signera encore quelques mises en scène (La Mégère apprivoisée de Shakespeare pour la Nouvelle Compagnie Théâtrale en 1966 et le solo pour Gilles Pelletier Moi, Ovide Leblanc, j'ai pour mon dire de Bertrand B. Leblanc à la Salle Fred-Barry de la NCT en 1979) et il sera un médecin écossais dans le Macbeth que monte Yvan Canuel aussi pour la NCT en 1976, mais se consacrera surtout à l'écriture, publiant entre autres des mémoires en 1974, ...Et je suis resté au Québec. Il a 67 ans au moment de son décès.

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