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  • Yanik Comeau

Théâtre: «Dix Quatre» de Jason Sherman: Ça grinche sur la ligne

par Yanik Comeau (Comunik Média/ZoneCulture)

Scénariste et auteur de théâtre anglo-Canadien né à Montréal, Jason Sherman a gagné les prestigieux Chalmers et Prix du Gouverneur Général du Canada pour le théâtre. Malheureusement, c’était dans les années 90 et sa pièce Copy That, d’abord une commande du prestigieux Tarragon Theatre de Toronto et maintenant efficacement traduite par Jean-Marc Dalpé, ne le couvrira pas de lauriers. Présentée à La Licorne ces jours-ciet en mars à Repentigny, on peut comprendre qu’un auteur comme Dalpé se soit amusé à plonger dans le writer’s room d’une série policière pour la télé, lui qui a contribué au téléroman Fred-dy et écrit la série Temps dur.



Le problème, c’est que Dalpé aurait probablement écrit une meilleure pièce que Sherman. Bien que la prémisse de départ soit intéressante (les quotas de la salle d’écriture «ça prend une femme, ça prend un noir… », les abus de la police et doit-on les montrer à l’écran?, le racisme systémique peut-il être montré?, le profilage racial à la George Floyd, est-ce que ça fait de la bonne télé?) et que Sherman soit un dialoguiste habile, drôle, incisif par moments à la David Mamet, la pièce surligne tous les plus grands clichés au highlighter jaune, notamment la productrice complètement caricaturée incarnée par Marie-Hélène Thibault.



Les nombreux clins d’œil aux séries policières populaires sont accentués par la musique d’Alain Lucien et bien que celle-ci soit très bonne, elle est beaucoup trop présente par moments, parfois dans des scènes où l’environnement sonore fait carrément froncer les sourcils. Choix du metteur en scène? Incapacité de celui-ci à dire: «OK, j’en ai suffisamment; je n’aurai pas besoin de cette pièce-là»? Je ne sais pas.



Parlant de la mise en scène, j’avais beaucoup apprécié celle de Didier Lucien pour Mauvais Goût, une création de son ami Stéphane Crête dans laquelle il dirigeait plusieurs complices dont Marie-Hélène Thibault. Mais cette fois, on dirait que l’homme de théâtre se soit un peu trop laissé aller au plaisir de la parodie, oubliant qu’il s’agit d’une satire, pas d’une caricature. Bien qu’on s’entende que c’est peut-être Sherman qui avait des comptes à régler avec une productrice en créant ce personnage et que celui-ci passe assez bien dans la première moitié de la pièce quand on ne l’entend qu’au téléphone, il reste que lorsqu’elle s’incarne, tant dans ses costumes, dans ses mouvements que dans ses excès, le metteur en scène n’a pas fait les meilleurs choix, à mon avis.



Au final, malgré l’interprétation très juste de Norman Helms (dans le rôle de Peter, le head writer), Laura Amar, Irdens Exantus et Alexandre Fortin et quelques rires qui relèvent presque du plaisir coupable, alors qu’on aurait pu sortir de La Licorne avec une belle matière à réflexion, on quitte les personnages de Dix-Quatre pas tellement plus avancés qu’on ne l’était avant de les rencontrer. Vous me direz que ça se peut aussi mais il faut alors que le divertissement soit un peu plus assumé. Là, l’intrigue est aussi confuse que si c’était la pièce qu’Elsa avait demandé de ré-écrire, ré-écrire, ré-écrire sans cesse au lieu de la série que développent ses auteurs. Dommage.



Dix Quatre de Jason Sherman

Traduction: Jean-Marc Dalpé

Mise en scène: Didier Lucien

Assistance à la mise en scène: Pascale D’Haese

Avec Laura Amar, Irdens Exantus, Alexandre Fortin, Norman Helms et Marie-Hélène Thibault

Décor: Cédric Lord

Costumes: Jacinthe Perrault

Éclairages: Thomas Godefroid

Musique: Alain Lucien

Une production de La Manufacture

Du 17 janvier au 25 février 2023 – mardi au jeudi 19h, vendredi 20h, samedi 16h + matinée mercredi 1er février à 13h30 (1h50 sans entracte)

Tête à tête: jeudi 26 janvier 2023

Théâtre La Licorne, 4559, avenue Papineau, Montréal

Billetterie: 514-523-2246 – theatrelalicorne.com

Représentations supplémentaires:

au Théâtre Alphonse-Desjardins de Repentigny du 8 au 11 mars 2023

Photos: Suzane O’Neill

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