• Yanik Comeau

«Ulster American» de David Ireland: Quand les Irlandais se mêlent d’être…

par Yanik Comeau (Comunik Média / ZoneCulture)


Le Théâtre de La Manufacture nous a habitués à ce qui se fait de meilleur en matière de dramaturgie anglo-saxonne outremer, particulièrement ces vingt dernières années, et la nouvelle pièce de l’Irlandais David Ireland ne fait pas exception. L’humour noir et la critique sociale grinçante sur fond de personnages campés sur leurs positions, pour le meilleur et pour le pire, tout y est.



Ulster American est un huis clos classique qui part sur une bonne base et qui dérape solide en un rien de temps. On pense au Dieu du carnage de Yasmina Reza, aux Lignes de fuite de Catherine Chabot et – dans une certaine mesure – même au Fairfly du Catalan Joan Yago García sur la même scène quelques semaines plus tôt. Mais ce sont Ruth, une jeune auteure prometteuse (j’ai tellement pensé à la Britannique Lucy Kirkwood !), son metteur en scène et directeur artistique Leigh et l’acteur vedette irlandais au succès hollywoodien Jay qui se retrouveront pour une première rencontre informelle entre la première et le dernier dans le flat du second qui commencera dans le gushing et se terminera dans l’horreur la plus absurde.



Leigh est très excité que Jay ait accepté de jouer la nouvelle pièce de la jeune Ruth puisqu’il remplira des salles sur sa notoriété cinématographique et Ruth voit en Jay la vedette charismatique qui portera son texte à la scène et – elle ne le sait pas encore avant d’arriver – peut-être même au grand écran de l’autre côté de l’Atlantique !


Pour défendre ce texte absolument jouissif, à la fois drôle, choquant et politically incorrect, le metteur en scène Maxime Denommée, qui fait de plus en plus sa marque comme un excellent directeur d’acteurs qui sait mettre en valeur les textes qui lui parlent, rassemble un trio d’acteurs qui n’aurait pas pu être mieux choisi : un Frédéric Blanchette proprement British au vernis craquelant au final, un David Boutin tellement trop à l’aise dans le rôle de l’acteur excentrique et légèrement tordu (peut-être pas si légèrement d’ailleurs !) après nous avoir offert un Seeker beaucoup plus retenu il y a quelques semaines à peine à la Salle Jean-Claude-Germain et une Lauren Hartley époustouflante de nuances en Milléniale qui ne se laissera certainement pas passer sur le corps par deux dignes héritiers du patriarcat révolu des années… quand elle n’était pas née !



Dès la première, les trois acteurs croquaient à belles dents dans la partition finement traduite par François Archambault, un habitué de La Licorne, de la traduction et de David Ireland (il s’agit d’un deuxième texte de cet auteur pour lui). La pièce aurait dû être présentée l’hiver dernier mais, pandémie oblige, aura été retardée à maintenant. Difficile de ne pas penser que cet immense aisance des interprètes n’est pas un peu le fruit de ce délai supplémentaire qui leur a été donné. Comme quoi la pandémie et le confinement n’auront pas donné que du mauvais.



On pourrait voir et revoir ce train filant à toute allure vers un mur sans jamais se lasser. L’énergie renversante de ce trio de feu est contagieuse et les mots de David Ireland sont aussi brillants que plaisirs coupables.


La Manufacture / La Licorne poursuit sa saison à vitesse grand V. À ne pas manquer !


Ulster American de David Ireland Traduction: François Archambault Mise en scène: Maxime Denommée Assistance à la mise en scène: Ariane Lamarre Avec Frédéric Blanchette, David Boutin et Lauren Hartley Décor: Olivier Landreville Costumes: Estelle Charron Lumières: André Rioux Musique: Éric Forget Une production de La Manufacture Du 19 octobre au 13 novembre 2021 – mardi au jeudi 19h, vendredi 20h, samedi 16h + matinée mercredi 27 octobre à 13h30 (1h35 sans entracte) *** Supplémentaires samedis 23 octobre, 30 octobre, 6 novembre, 13 novembre, 20h Théâtre La Licorne, 4559, avenue Papineau, Montréal Billetterie: 514-523-2246 – theatrelalicorne.com Photos : Suzane O’Neill

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