• Yanik Comeau

«Lignes de fuite» de Catherine Chabot: Nowhere to Hide


par Yanik Comeau (ZoneCulture/Comunik Média)




Catherine Chabot est une voix singulière pour sa génération dans le paysage théâtral québécois. Après Table rase et Dans le champ amoureux Z, deux pièces plutôt intimes, des huis clos présentés à Espace Libre, elle fait son entrée dans la salle principale du Centre du Théâtre d’aujourd’hui avec Lignes de fuite et le directeur artistique Sylvain Bélanger à la mise en scène. Traitant toujours de sujets chauds avec un théâtre hyperréaliste et des dialogues incisifs qui pourraient faire penser à David Mamet et qui se chevauchent comme dans le théâtre de Serge Boucher, Catherine Chabot est en feu dans Lignes de fuite.


Réunis pour la pendaison de crémaillère d’une des leurs (Lamia Benhacine), femme de carrière au portefeuille débordant et sa nouvelle blonde (Victoria Diamond), une artiste anglophone qui a un parcours et une vision de la vie bien différente, deux amies (Léane Labrèche Dor et Catherine Chabot) et leurs conjoints (Benoît Drouin-Germain et Maxime Mailloux) font la fête mais se buttent à des valeurs qui se confrontent, des objectifs différents, des situations qui les amènent à réaliser qu’elles ont bien changé … ou n’ont jamais été celles qu’elles pensaient être. L’alcool coule à flots, les langues se délient (encore plus ?) et les comptes se règlent… ou pas. À la fin de la soirée, comme après Qui a peur de Virginia Woolf? d’Edward Albee, Carnage de Yasmina Reza ou Six Degrees of Separation de John Guare, rien ne sera plus pareil, tout le monde sera ébranlé à tout jamais.



Le metteur en scène Sylvain Bélanger a réuni autour de lui une distribution béton qui laisse bouche bée. Léane Labrèche-Dor, Catherine Chabot et Lamia Benhacine sont hallucinantes dans les rôles des trois amies, s’échangeant des répliques assassines mémorables, certaines qui pourraient même passer à l’histoire, des phrases de la trempe d’un Denys Arcand dans Le Déclin de l’Empire Américain. D’ailleurs, difficile de ne pas faire de rapprochement entre ces bourgeois des années 80s et la nouvelle génération d’intellectuels que dépeint l’auteure de Lignes de fuite.




Dans les rôles des conjoints, Benoît Drouin-Germain et Maxime Mailloux prennent plus de temps à prendre leur place (ce n’est pas leur faute, c’est le texte qui est structuré ainsi) mais ils sont tout aussi excellents. Et dans le rôle de l’amoureuse artiste qui attend son «big break», Victoria Diamond, que j’ai pu appréciée à quelques reprises ces dernières années, tant sur les scènes francophones (notamment dans Baby-Sitter de Catherine Léger et dans Warda de Sébastien Harrisson au Prospero la saison dernière) qu’anglophone montréalaises, réussit à éviter les clichés malgré un personnage qui les intègre à peu près tous à son corps défendant. Le soir de la représentation à laquelle j’ai assisté, j’ai été très agacé par le public qui riait d’une situation intense que vit le personnage et je n’ai pas pu m’empêcher de penser que la comédienne a été sublime malgré le fait qu’elle devait être déstabilisée par cette réaction.


L’espace scénique conçu par Atelier Zébulon Perron ne peut pas être qualifié de décor. C’est un véritable loft déposé sur la scène comme on l’aurait fait une maison préfabriquée. Impressionnant et bien choisi tant pour les propos qu’y tiennent ces personnages, petits bourgeois de la génération Y qui attendent ni plus ni moins la fin du monde que pour son design et sa froideur volontaire.


Aucun doute que Catherine Chabot frappe encore dans le mille avec Lignes de fuite. On en redemande et ce n’est pas étonnant que déjà deux supplémentaires soient annoncées. On ne s’étonnerait pas non plus si la pièce était reprise ultérieurement, mais… pourquoi prendre une chance ? Il faut la voir maintenant.



Lignes de fuite Texte: Catherine Chabot Mise en scène: Sylvain Bélanger Interprétation: Lamia Benhacine, Catherine Chabot, Victoria Diamond, Benoît Drouin-Germain, Léane Labrèche-Dor et Maxime Mailloux Assistance à la mise en scène et régie: Julien Veronneau Design de l’espace: Atelier Zébulon Perron Éclairages: André Rioux Conception sonore: Mykalle Bielinski Une création du Centre du Théâtre d’aujourd’hui et de Corrida Du 12 mars au 6 avril 2019 (1h35 sans entracte) *** Supplémentaires: samedi le 30 mars 2019 et dimanche le 31 mars 2019 à 16h Salle principale – Théâtre d’aujourd’hui, 3900, rue Saint-Denis, Montréal Billetterie: 514-282-3900 poste 1

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