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Théâtre: «À toi, je peux tout dire» d’Hugo Turgeon: Très chère maman,…

Dernière mise à jour : 12 avr.

par Yanik Comeau (Comunik Média / ZoneCulture)

Hugo Turgeon avait une relation fusionnelle avec sa mère. À toi, je peux tout dire, le titre de sa dernière pièce, veut tout dire, en fait. Un peu comme Nana pour Michel Tremblay, Lise aura été la muse d’Hugo Turgeon. Pour porter son texte à la scène, il a fait appel à son ancien professeur, son mentor, cofondateur du Théâtre Blanc (maintenant Carte Blanche) et ex-directeur artistique du Trident à Québec, Gill Champagne. Ensemble, les deux hommes, clairement complices, ont porté cette histoire d’amour maternel à la scène de la Salle intime du Prospero.



Oscillant entre vignettes anecdotiques amusantes, tranches de vie déchirantes, extraits de journal intime partagés comme petits bouts de narrations qui brisent le quatrième mur, À toi, je peux tout dire ne pourrait pas être plus universelle si elle le souhaitait et pourtant si «locale», si québécoise, si ancrée dans notre terroir. Encore une fois, difficile de ne pas faire des rapprochements (heureux, ne me méprenez pas !) avec Michel Tremblay et ses pièces Encore une fois si vous permettez et À toi, pour toujours, ta Marie-Lou (surtout pour le titre et pour quelques monologues dans le cas de la deuxième). On n’est pas du tout ici dans le plagiat ou dans l’imitation mais dans des histoires très personnelles, très senties, issues du même terreau qui a donné naissance à Rhéauna (Tremblay et Bibeau), à Victoire, à Albertine et aux tricoteuses des Chroniques du Plateau Mont-Royal et Marcel poursuivi par les chiens.



Hugo Turgeon a non seulement le sens du dialogue, il a su porter à la scène de beaux personnages – pas de doute ancrés dans une réalité qu’il a côtoyée de près (peut-être lui aussi caché sous la table de la cuisine !) – auxquels on s’attache et de qui on a envie d’entendre les histoires. Bien sûr, ça aide aussi quand on a une distribution de feu, des comédiennes au talent incommensurable parce que oui, Maxime Isabelle (l’excellent acteur qui joue l’alter ego d’Hugo Turgeon) est au cœur de cette histoire familiale et il y est touchant, drôle, généreux, mais ce sont Linda Laplante (l’extraordinaire comédienne de Québec qui m’avait soufflé dans le rôle de la grand-mère dans Pour qu'il y ait un début à votre langue de Steve Gagnon), Isabelle Drainville (hallucinante de vérité dans le rôle de la grand-mère) et Frédérike Bédard (quel excellent casting dans le rôle de la tante flyée, excentrique, colorée !) qui nous font rire, nous épatent, nous émeuvent tant comme trio familial avec son gros secret enfoui que dans chacune de leurs interactions entre elles et avec le fils.



Avec À toi, je peux tout dire, on se délecte des échanges hilarants tout autant que des moments touchants, tant grâce à l’excellent texte que grâce à la distribution nickel. Quel bonheur de voir ces artistes sur scène, à quelques pieds de nous, nous montrer toute la mesure de leur talent ! Ça semble banal, comme ça, mais on se remet encore de la privation d'arts vivants que nous avons subie... et on se croise les doigts que ça ne recommencera pas.


La Salle intime du Prospero répond encore une fois à son mandat de nous apporter des œuvres «intimes» et percutantes, touchantes et universelles. À toi, je peux tout dire d'Hugo Turgeon est une belle découverte, un beau cadeau!



À toi, je peux tout dire d’Hugo Turgeon

Mise en scène et conseil à la dramaturgie: Gill Champagne

Avec Frédérike Bédard, Isabelle Drainville, Maxime Isabelle, Linda Laplante... et Hugo Turgeon

Décor: Jean Hazel

Costumes: Jennifer Tremblay

Éclairage: Natasha Descôteaux

Musique: Jocelyn Pelichet

Du 5 au 23 avril 2022 (1h10 sans entracte)

Production Théâtre du Réel

Théâtre Prospero – salle intime, 1371, rue Ontario Est, Montréal

Renseignements : 514-526-6582 – theatreprospero.com

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