• Yanik Comeau

Théâtre: «Le Cas Nicolas Rioux» d’Érika Mathieu: Réunion spéciale du conseil

Dernière mise à jour : 22 sept.

par Yanik Comeau (Comunik Média/ZoneCulture)

Comme à peu près toutes les manifestations culturelles, les 5 à 7 Duceppe inspirés du concept écossais A Play, A Pie and A Pint et que la petite compagnie LAB87 de David Laurin et Jean-Simon Traversy avait apporté chez Duceppe après l’avoir proposé d’abord à La Licorne, ont été perturbés voire même interrompus par la pandémie.



Maintenant qu’on revient à la quasi-normale, le résultat des appels à projets lancés pré-COVID aboutit enfin dans les coulisses du Théâtre Jean-Duceppe, là où on avait eu la chance de voir ou revoir Toutes les choses parfaites, Il faudra bien qu’un jour et Le Loup. Si une bonne chose peut être ressortie de la pandémie c’est que la courte pièce Le Cas Nicolas Rioux d’Érika Mathieu, une satire politique à la fois absurde et grinçante, aura pu faire l’objet d’un laboratoire de recherche en attendant d’avoir le OK pour aller à la rencontre de son public.


Le résultat, c’est que Le Cas Nicolas Rioux, écrite sur mesure par la scénariste (Indéfendable, Nomades, Cochon dingue) et autrice dramatique cofondatrice de La Fratrie, est tout à fait à sa place. Cette comédie à la chute choquante transforme la coulisse du Théâtre Duceppe en salle du conseil municipal qui accueille une assemblée spéciale pour débattre des qualités artistiques d’une nouvelle pièce «controversée» que veut monter l’auteur et comédien Nicolas Rioux, un ancien citoyen du village qui est revenu au bercail, Sainte-Victoire-de-l’Espérance, et souhaite monter sa pièce qui contiendrait des passages «d’appropriation culturelle».



Le maire (en poste depuis près de 20 ans, incarné par François Trudel) et Monique (la conseillère municipale jouée par Manon Lussier) tiendront l’assemblée spéciale convoquée par le maire avec Michel (Alex Trahan), le greffier qui tiendra les minutes de l’assemblée avec la dactylo antique qu’il a trouvée dans une boutique d’antiquités pendant ses vacances d’été. Denise (Joëlle Paré-Beaulieu), la coiffeuse comédienne à ses heures qui prend plaisir à jouer chaque année dans la troupe du village, et Rémi, ancien ami d’enfance de Nicolas qui, aujourd’hui, est clairement blessé d’être «snobé» par celui qui est allé étudier au Conservatoire et revient juger tout le monde de haut avec ses airs de gars de la ville, témoigneront contre la production de cette pièce qui ne devrait pas voir le jour... avant même qu'on ne l'ait lue!



L’assemblée dérape rapidement et spirale dans l’absurde jusqu’à ce que le principal intéressé arrive enfin. Je ne vous en dis pas plus pour ne pas divulgâcher, mais la prémisse est bien trouvée pour explorer non seulement la politique municipale et les petites manigances mais encore les préjugés et les jugements hâtifs qui sont devenus monnaie courante, particulièrement à l’ère des réseaux sociaux. Vers la fin, cependant, difficile de ne pas faire un heureux rapprochement avec Les Feluettes de Michel Marc Bouchard, une tournure troublante qui m’a donné l’impression que le public retenait soudainement son souffle. Brillant.


Il faut dire que la distribution, dirigée par Patrick R. Lacharité, est redoutable. C’est un bonheur de revoir Manon Lussier sur scène (elle était de l’adaptation de Thérèse et Pierrette à l’École des Saints-Anges sur la même scène de Duceppe et ailleurs et j’avais beaucoup apprécié son solo très personnel Un Suaire de Saran Wrap à la Salle Jean-Claude Germain) et qui dit Joëlle Paré-Beaulieu dit jeu d’une inventivité peu commune. Après un rôle plus dramatique dans Manuel de la vie sauvage l’an dernier, celle que j’ai aussi beaucoup appréciée dans Six degrés de Simon Boulerice à la télé livre une performance intense et brillante, oscillant entre le comique et le malaise avec son aisance habituelle. Je ne me lasse pas de voir cette fille jouer. Belles découvertes que Christophe Payeur, Alex Trahan et David Strasbourg en plus de retrouver François Trudel dans le rôle du maire qui «connaît son monde».


Le Cas Nicolas Rioux lance donc joyeusement la saison de trois 5 à 7 en 2022-2023. On espère que tous ceux qui avaient acheté des billets pour Le Loup de Nathalie Doummar, pièce avec Maude Guérin et Luc Senay interrompue par la pandémie, pourront enfin voir la pièce entre le 26 et le 30 octobre et que la création de Tony vend des billets de Maxime Brillon en mars sera tout aussi réjouissante.



Le Cas Nicolas Rioux d’Érika Mathieu Mise en scène: Patrick R. Lacharité Assistance à la mise en scène et régie: Claudie Gagnon Conseiller dramaturgique: François Archambault Avec Manon Lussier (Monique), Joëlle Paré-Beaulieu (Denise), Christophe Payeur (Rémi), David Strasbourg (Nicolas), Alex Trahan (Michel) et François Trudel (le maire)

Scénographie et direction technique: Jenny Huot

Costumes: Chloé Barshee Lumière: Marie-Aube Saint-Amand Duplessis Musique: Étienne Thibeault Une production de La Fratrie dans le cadre des 5 à 7 Duceppe 13 au 30 septembre 2022, du mardi au vendredi à 17h30 – ouverture des portes : 17h (durée: 50 minutes sans entracte)

*** Supplémentaires 5 et 6 octobre 2022 Coulisses du Théâtre Jean-Duceppe, Place des arts, Montréal Billets: 514-842-2112 Photos: Danny Taillon

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