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Opéra: «La Reine-Garçon» de Michel Marc Bouchard et Julien Bilodeau: Héroïne souveraine

par Yanik Comeau (Comunik Média/ZoneCulture)


   Après Les Feluettes et La Beauté du monde, le premier inspiré de sa pièce phare, le deuxième inspiré du sauvetage des œuvres du Louvre pendant la deuxième guerre mondiale, Michel Marc Bouchard replonge dans sa théâtrographie pour son plus récent livret d’opéra. Cette fois, c’est sa pièce Christine, la Reine-Garçon, créée en 2012 au TNM, mais surtout toute la passionnante recherche qu’il avait faite autour de cette fascinante Christine garçonne, souveraine suédoise du 17e siècle, qui lui aura aussi donné un scénario de film quelques années plus tard, qui inspire son troisième opéra, son deuxième avec le compositeur Julien Bilodeau.



   Comme c’était le cas pour la pièce de théâtre, Bouchard a clairement une affection généreuse pour cette jeune reine qui, pourtant née avec des organes génitaux féminins, a été élevée comme un garçon. Bouchard est aussi fasciné par le fait que la jeune reine ait fait appel au philosophe français René Descartes pour la guider dans sa gestion de ses émotions. Comme dans la pièce, cette rencontre donne des scènes riches et la poésie est habilement transposée à l’opéra, les écueils sont finement évités.



   Parce que la grande beauté de ce livret, c’est d’abord et avant tout sa magnifique poésie – fine sans être hermétique – mais encore ses grands moments d’humour et son habileté à plonger dans la passion sans compromis. Selon mon accompagnateur, un musicien, chanteur classique qui préfère généralement les opéras des siècles lointains, la musique de Julien Bilodeau est la meilleure qu’il ait entendue parmi les opéras contemporains qu’il ait vus. Pour ma part, j’ai énormément apprécié l’intégration des chœurs, leur utilisation parfois comme échos à la réflexion ou à la conscience des personnages, même si – moi qui suis plus familier avec le théâtre musical qui cherche davantage la mélodie dans les chansons qu’à l’opéra – j’ai encore un peu de difficulté à me faire l’oreille pour le manque de naturel dans la diction et la musicalité du chant opératique.



   Qu’à cela ne tienne, ce nouvel opéra est magnifiquement bien servi par la mise en scène très théâtrale (par opposition à la direction d’acteurs moins souple de l’opéra en général) d’Angela Konrad qui a clairement dirigé ses chanteurs comme elle aurait dirigé ses comédiens, permettant un jeu beaucoup plus physique que ce que l’on a l’habitude de voir à l’opéra. À mon avis, c’est gagnant et très rafraîchissant.



   La scénographie d’Anick La Bissonnière et les projections d’Alexandre Desjardins sont somptueuses, remplissant les yeux des spectateurs d’aurores boréales, de forêts, de plaines enneigées et de lacs glacés majestueux.



   Pour ce qui est de la distribution, toute canadienne, elle est rien de moins que sublime. On succombe au jeu de Joyce El-Khoury en Christine, de Pascale Spinney en Comtesse Ebba (l’élue du cœur de Christine), d’Étienne Dupuis en Comte Karl Gustav, d’Alice Kutan en claudicante Marie-Éléonore de Brandebourg (mère de la souveraine) et d’Eric Laporte en René Descartes mais c’est le délicieux Isaiah Bell en narcissique et hilarant Comte Johan que Bouchard gâte de nombreux moments de comédie jouissive qui a volé mon coeur. À tout ça s’ajoutent les brillants arrangements des voix du chœur de l’Opéra de Montréal presque présent tout du long, bonifiant les joies pour l’oreille.



   On ne peut que souhaiter que de nouveaux opéras continuent de voir le jour et, clairement, le trio Bilodeau-Bouchard-Konrad en est un tout aussi heureux que les mariages que Bouchard a connus avec André Brassard et Serge Denoncourt pour les créations de ses pièces au théâtre.



La Reine-Garçon – l’opéra (en français avec surtitres en français et en anglais) Librettiste: Michel Marc Bouchard Compositeur: Julien Bilodeau

Mise en scène: Angela Konrad

Chef d’orchestre: Jean-Marie Zeitouni dirigeant l’Orchestre Symphonique de Montréal et le Chœur de l’Opéra de Montréal

Interprétation: Joyce El-Khoury (Christine, reine de Suède), Étienne Dupuis (Comte Karl Gustav), Isaiah Bell (Comte Johan Oxenstierna), Daniel Okulitch (Chancelier Axel Oxenstierna), Pascale Spinney (Comtesse Ebba Sparre), Eric Laporte (René Descartes), Aline Kutan (Marie-Éléonore de Brandebourg), Alain Coulombe (l’assistant de Descartes), Anne-Marie Beaudette (chant Kulning), Jérémie Gariépy (goule et cadavre)

Scénographie: Anick La Bissonnière

Vidéo: Alexandre Desjardins

Costumes: Sébastien Dionne

Éclairages: Eric Champoux

Bande sonore: Architectures from silence (alias Martin Bédard)

Une coproduction entre l’Opéra de Montréal et le Canadian Opera Company

Les 3, 6, 8 février 2024 à 19h30 et 11 février 2024 à 14h (durée: 2h50 incluant entracte)

Salle Wilfrid-Pelletier, Place des Arts, Montréal

Photos: Vivien Gaumand

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