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Théâtre: «Dracula, un nouveau règne du mal» de Marie-Claude Verdier: Manuel de la vie vampirique

  • Photo du rédacteur: Yanik Comeau
    Yanik Comeau
  • 25 mars
  • 3 min de lecture

par Yanik Comeau (Comunik Média/ZoneCulture)

   Après avoir exploré l’univers de l’aristocratie et la monarchie de l’Allemagne bavaroise du 19e siècle avec Châteaux du ciel sur la même scène du Théâtre Denise Pelletier, l’autrice Marie-Claude Verdier fait un retour vers le futur avec Dracula, un nouveau règne du mal, inspiré du roman de Bram Stoker publié à la toute fin de ce 19e siècle, lui-même inspiré d’un «personnage» mythique du 16e siècle mais complètement incarné dans le 21e siècle. C’est qu’à première vue, dans la pièce de Verdier, il ne reste plus grand-chose du prince roumain Vlad Tepes ou du fictif Comte Dracula de Stoker dans le David Rand incarné par Maxime Denommée. À première vue. Parce que la pièce de Verdier va bien au-delà de la transposition d’une œuvre et d’une légende mythique dans le ici et le maintenant.

Dracula à l'ère des Milléniaux et de l'intelligence artificielle. (Photo: Victor Diaz Lamich)
Dracula à l'ère des Milléniaux et de l'intelligence artificielle. (Photo: Victor Diaz Lamich)

   À l’ère où tous les théâtres de leur temps explorent la thématique de l’intelligence artificielle, la «science-fiction» et la foudroyante évolution de la technologie (on n’a qu’à penser à Manuel de la vie sauvage de Jean-Philippe Baril-Guérard, la Boîte noire de Catherine-Anne Toupin et Une Vie intelligente chez Duceppe sans parler du Seeker de Marie-Claude Verdier elle-même au Théâtre d'Aujourd'hui et plus tard en anglais au Centaur), pas étonnant que le Théâtre Denise-Pelletier et son directeur artistique feu Claude Poissant ait embrassé l'intemporalité de Dracula. Parce que c’est Claude Poissant qui devait signer la mise en scène de cette création et que Verdier crédite comme partenaire de son «dialogue artistique».



   Dès les premières minutes, les connaisseurs d’histoires de vampires, ceux et celles qui ont lu ou vu l’œuvre de Stoker ou les films qui s’en sont inspirés, reconnaîtront les noms des personnages (Jonathan, Mila, Renfield, Lucy…), les références au sang, à ses «vertus» liées à la jeunesse, l’immortalité… Mais ici, le Dracula est un richissime magnat de Silicon Valley qui vampirise les jeunes âmes et les séduit avec l’appât du gain tout en utilisant leur sang (par injections) comme fontaine de jouvence. Vous pensez au propriétaire de Tesla qui veut aller sur Mars? Ça se pourrait qu'on s'en soit inspiré aussi. C’est ainsi que nuDracula attirera Jonathan Harker (toujours excellent Simon Landry-Désy), «jeune loup des nouvelles technologies», et sa copine Mina (Noémie O’Farrell), spécialiste de physique quantique, dans son appétissante toile de déceptions et de mensonges.


Jonathan Harker (Simon Landry-Désy) rencontre la voix de Lamia en chair et en os (Evelyne Gélinas). (Photo: Victor Diaz Lamich.)
Jonathan Harker (Simon Landry-Désy) rencontre la voix de Lamia en chair et en os (Evelyne Gélinas). (Photo: Victor Diaz Lamich.)

   Bien que le texte soit (peut-être un peu trop) «intelligent» voire hermétique (où peut-être est-ce votre humble serviteur qui est dépassé par tout le vocabulaire technologique ?), on se régale des relations humaines ou inhumaines que dessine Verdier. C’était le cas aussi dans Seeker qui s’avérait parfois aride et froid mais qui s’épanouissait dans la complexité des émotions des personnages.



   La mise en scène de Frédéric Dubois est étonnamment statique ce qui n’aide pas à rendre le texte de Verdier plus accessible. La conception sonore de Frédéric Auger et les lumières de Renaud Pettigrew envoûtent mais c’est à l’interprétation formidable de la distribution, notamment Maxime Denommée, Jean-Moïse Martin (en un Renfield renouvelé qui ne tombe pas dans la caricature), Evelyne Gélinas (dans le rôle d’un genre de Siri/Alexa humanoïde baptisée Lamia) et Justin Simon dans le rôle de Maurice qui incarne tristement sa génération qui tente de tirer son épingle du jeu en multipliant les jobs (notamment celle de donner du sang et du plasma!) et qui amène des running gags troublants qui sonnent malheureusement trop vrai que l'on se raccroche avec bonheur.



    Le Dracula de Marie-Claude Verdier ne passera peut-être pas à l’histoire, mais encore une fois, le legs de Claude Poissant brille dans toute son authenticité et son honnêteté: faire connaître à sa façon les œuvres mythiques de la littérature classique et contemporaine par le théâtre adapté à la clientèle adolescente, celle que l’on appelle depuis toujours «les spectateurs de demain».


Dracula, un nouveau règne du mal de Marie-Claude Verdier d’après l’œuvre de Bram Stoker

Mise en scène: Frédéric Dubois

Dialogue artistique: Claude Poissant

Assistance à la mise en scène et régie: Andrée-Anne Garneau

Avec Mariama Charron, Maxime Denommée, Eveline Gélinas, Simon Landry-Désy, Jean-Moïse Martin, Charlie Monty, Noémie O’Farrell et Justin Simon  

Scénographie: Pierre-Étienne Locas

Accessoires: Maude Janvier

Conception sonore: Frédéric Auger

Costumes: Linda Brunelle

Assistance aux costumes: Mila Molotchnikoff

Lumières: Renaud Pettigrew

Maquillages et coiffures: Véronique St-Germain

Stagiaire: Hugolin Jodoin-Michaud

Une production du Théâtre Denise-Pelletier

Du 17 mars au 14 avril 2026 (1h35 sans entracte)

Théâtre Denise-Pelletier, 4353, rue Sainte-Catherine, Montréal

Réservations: 514-253-8974

Photos: Victor Diaz Lamich

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