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«Les Filles et les Garçons» de Dennis Kelly: Douleurs chroniques

par Yanik Comeau (Comunik Média / ZoneCulture) Quand on parle de Dennis Kelly, c’est souvent pour dire qu’il aborde la violence sous différentes formes dans son œuvre. Déjà devenu un des auteurs fétiches de La Manufacture qui a monté plusieurs des pièces de son répertoire déjà abondant pour une si courte carrière (sa première pièce remonte à 2003), l’écrivain britannique suscite un tel engouement – il a déjà été traduit en plus de quarante langues et certains théâtres, comme La Licorne, semblent attendre ses pièces pour les faire traduire et les produire le plus rapidement – qu’on ne peut pas ignorer le phénomène.



Tristement, Girls & Boys a peut-être été écrite un peu trop vite et la traduction de Fanny Britt, déjà devenue une spécialiste – à juste titre – de l’œuvre de Kelly, a peut-être été commandée trop rapidement. En fait, cette traduction, d’une fluidité et d’une limpidité remarquables, n’est clairement pas le problème. Le problème réside peut-être plutôt dans le fait que Dennis Kelly ait un peu trop compté sur le fait divers, l’horrible drame qui viendra faire imploser la vie de cette femme attachante, forte, intelligente, pétillante qui se trouve devant nous mais qui devient, à cause de l’attente de la révélation du drame qu’elle va clairement nous faire avant la fin, un accessoire de sensationnalisme.



Loin de moi l’idée de remettre en doute les qualités d’auteur de Kelly qui, encore une fois, démontre sa maîtrise de la langue (que Fanny Britt adapte sublimement et avec une agilité prodigieuse), mais à mon avis, Girls & Boys ne passera peut-être pas autant à l’histoire qu’Orphans ou même Mon héros Oussama. Je ne puis m’empêcher de penser à Antonine Maillet qui disait qu’elle n’avait pas «aussi bien réussi» toutes ses pièces, tous ses romans, que certaines de ses œuvres avaient existé pour que la prochaine puisse naître. Je ne puis m’empêcher de penser à Michel Tremblay qui disait devoir avoir le droit de ne pas réussir une Albertine, en cinq temps à chaque nouvelle pièce.



Bien que les répliques soient bien écrites, savoureuses, que la langue coule de source, le monologue que nous propose Kelly avec Les Filles et les Garçons (on se demande d’ailleurs pourquoi ce titre) traîne en longueur et le choix de mise en scène de Denis Bernard, de nous présenter le personnage sur une scène de comedy club – complètement assumé et très bien défendu par l’incroyable Marilyn Castonguay – tombe à plat. Déjà trop appuyée que cette présentation du où, quand, comment cette femme a rencontré son mari, le futur père de ses enfants, la mise en scène presque burlesque fait froncer les sourcils. Par moments, il ne manquerait que les pa-da-bing avec le coup de snare. Dans son mot du metteur en scène dans le programme, Denis Bernard semble assumer le cynisme qui caractérise son choix, mais je me demande s’il ne fait pas que tristement justifier ce choix qui dénature le texte comme si, comme nous par moments, il n’avait pas senti le besoin d’ajouter de l’entertainment pour qu’on ne remarque pas les faiblesses, les longueurs de la partition.



Qu’à cela ne tienne, on ne peut que s’incliner devant la performance colossale de Marilyn Castonguay qui joue avec une énergie débordante, une générosité époustouflante. Dire qu’elle a du souffle serait un euphémisme grossier ! L’enthousiasme avec lequel l’accueille le public à la fin de la représentation est tout à fait mérité. Elle est électrisante tout en nous tirant sur les cordons du cœur dans les dernières minutes de la représentation.


Au fil des années, La Manufacture nous a donné de grands solos, notamment Des promesses, des promesses avec Micheline Bernard et Cette fille-là avec Sophie Cadieux. Celui-ci, avec Marilyn Castonguay, demeurera mémorable à sa façon, mais d’abord et avant tout pour l’incroyable performance de son interprète.



Je trépigne maintenant à l’idée de voir celui que Guylaine Tremblay nous prépare pour le printemps, un texte de Steve Gagnon, l’auteur de Pour qu’il y ait un début à votre langue, un de mes coups de cœur de la saison 2018-2019 repris ces jours-ci au Périscope à Québec.


Les Filles et les Garçons (Girls & Boys) de Dennis Kelly Traduction : Fanny Britt Mise en scène: Denis Bernard Avec Marilyn Castonguay Une production de La Manufacture Du 14 janvier au 22 février 2020 – mardi au jeudi 19h, vendredi 20h, samedi 16h (1h50 sans entracte)

*** Supplémentaires les dimanches 9 et 16 février à 15h Théâtre La Licorne, 4559, avenue Papineau, Montréal Billetterie: 514-523-2246 – theatrelalicorne.com Photos : Suzane O’Neill