• Yanik Comeau

«Dans la poussière d’un jour» de Luc Arsenault: Post Mortem

par Yanik Comeau (Comunik Média / ZoneCulture)


Après avoir présenté Brèves de trottoirs, une série de courtes pièces comiques du Français Jean-Pierre Martinez dans la même Salle Paul-Buissonneau du Centre Calixa-Lavallée en août 2018, un spectacle résolument plus «estival», le Théâtre de Neuf Saisons s’attaque maintenant à la mort, une thématique plus sombre, avec Dans la poussière d’un jour, un texte écrit et mis en scène par le directeur artistique de la compagnie, Luc Arsenault. Alors que des vents brutaux et des rafales de neige balayaient le Parc Lafontaine à une semaine de Noël, la première de cette pièce touchante, parfois triste, parfois plus drôle, parfois noire et violente dans son propos, a eu un étrange effet de baume réconfortant sur le public qui avait bravé le temps dur.



Présentée d’abord dans le cadre du Festival des Arlequins à Cholet en France en 2007, Dans la poussière d’un jour a eu droit à une bonification pour cette nouvelle production qui, selon les dires de l’auteur-metteur en scène, aurait des allures de création. On en doute pas puisque les personnages du bienveillant Gabriel (François-Xavier Tremblay), gardien des cendres des laissés-pour-compte dans une pièce isolée du salon funéraire, et d’Elle (Charleyne Bachraty), une curieuse qui se faufile dans la salle avec ses questions existentielles, ajoutent beaucoup à cette série de monologues/témoignages qui composent les patchs de la courtepointe.



Les personnages, tous des morts décédés un 28 mai à différentes époques, reviendront se raconter, partager leur vécu et la fin de celui-ci. On aura droit à des décès causés par la maladie, la guerre, des accidents, une balle perdue, même une peine d’amour. 15 individus – même 16 en fait, – hommes et femmes, d’âges variés, qui pourraient être nos mères, sœurs, frères, cousins, cousines, ancêtres. Luc Arsenault tisse une tapisserie à laquelle, au fil des années, des productions, se sont ajoutés des pièces de tissu, des personnages.



Grâce au jeu des comédiens, généralement très juste, on s’attache à ces humains, certains qu’on aura tendance à juger plus sévèrement que d’autres. On se plaît à les voir se transformer d’un personnage à l’autre puisqu’ils en jouent tous trois chacun. Charleyne Bachraty est particulièrement touchante et efficace dans le rôle de La Sourde, Michèle Macaigne est troublante dans le rôle de La Coiffeuse et nous vole une larme dans le rôle de L’Accompagnatrice alors qu’Hélène Godbout, malgré ses trois rôles un peu moins distincts, réussit à émouvoir et faire rire à la fois autant dans le rôle de La Carmélite que dans celui de Jeanne L’Hérétique ou celui de La Dame de l’usine. Erik Duhamel est déchirant dans le rôle d’Edouard, le patient cancéreux aux soins palliatifs, et aérien et onirique en ange vers la fin de la pièce. Pour sa part, Félix Tardif tire bien son épingle du jeu en Chercheur et en Tatoueur mais est particulièrement touchant dans le rôle de L’Homme de l’aéroport.



Bien que La Sœur soit peut-être le personnage le moins clairement défini parmi tous ceux que nous présente l’auteur, Chantale Cuggia réussit néanmoins à lui insuffler force et crédibilité. Mais ce sont dans les rôles de L’Infirmière de la 1ère Guerre et celui de La Junkie qu’elle montre son registre et l’ampleur de son talent.



La mise en scène sobre et efficace de l’auteur laisse toute la place à son texte et à ses comédiens. Comme je l’avais déjà mentionné dans mon papier suite à ma rencontre avec l’équipe en répétition, le décor et les accessoires pensés par Arsenault sont aussi – comme il en a l’habitude – bien pensés, ingénieux, simples mais d’une homogénéité rafraîchissante. Les urnes de transport (c’est ainsi qu’on les appelle) offrent une touche d’authenticité supplémentaire dans les scènes de salon funéraire où François-Xavier Tremblay, Charleyne Bachraty et Michèle Macaigne sont criants de vérité.



Juste avant le réveillon de Noël, il fait bon prendre une bouffée de théâtre qui fait réfléchir mais n’est pas dépourvu de lumière et d’espoir. Et la salle Paul-Buissonneau du Centre Calixa-Lavallée est un joyau trop peu exploité, qu’on se le dise.


Dans la poussière d’un jour de Luc Arsenault Mise en scène: Luc Arsenault Avec Charleyne Bachraty, Chantale Cuggia, Erik Duhamel, Hélène Godbout, Michèle Macaigne, Félix Tardif et François-Xavier Tremblay Une production du Théâtre de Neuf Saisons Du 18 au 21 décembre 2019 à 20h + matinée le 21 décembre à 15h Salle Paul-Buissonneau, Centre Calixa-Lavallée, 3819, avenue Calixa-Lavallée (Parc Lafontaine), Montréal Billetterie: lepointdevente.com Photos : Nathanaël Corre

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