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Théâtre: «Quichotte» de Rébecca Déraspe d’après Cervantès: J’nous vois tous des artistes

  • Photo du rédacteur: Yanik Comeau
    Yanik Comeau
  • il y a 4 minutes
  • 3 min de lecture

par Yanik Comeau (Comunik Média/ZoneCulture)

   Après les énormes succès de leurs deux dernières collaborations, La Nuit des rois au TNM et Orgueil et Préjugés au Théâtre Denise-Pelletier, le tandem Rébecca Déraspe et Frédéric Bélanger, devenu un genre de power couple professionnel ces dernières années (On les entend presque se dire d’une saison à l’autre «On s’attaque à quoi, maintenant?» tant ils semblent avoir un plaisir renouvelé à travailler ensemble), partage ces jours-ci son Quichotte sur la scène du TNM, dernière production officielle du règne de Lorraine Pintal à la direction artistique du théâtre qui célébrera ses 75 ans la saison prochaine. C’est d’ailleurs sur cette scène que Dominic Champagne et son Théâtre Il va s’en dire avaient créé un Quichotte mémorable il y a 28 ans.


Normand D'Amour flanqué de Félix Lahaye et Yann Aspirot dans Quichotte au TNM. (Photo: Yves Renaud.)
Normand D'Amour flanqué de Félix Lahaye et Yann Aspirot dans Quichotte au TNM. (Photo: Yves Renaud.)

   Celui de Rébecca Déraspe, beaucoup plus propre que celui de Champagne (on sentait presque la poussière de la salle dans ce dernier!), se situe quelque part entre Cabaret et Chicago avec une touche de désespoir bien contemporain qui fait écho aux reculs que vivent présentement les artistes, les communautés LGBTQ+, les femmes dans notre société actuelle. Comme quoi les Quichotte doivent se tenir ensemble et se protéger entre eux s’ils ne veulent pas être anéantis. D’ailleurs, dans Cabaret, on avait des références au Nazisme et celles-ci ne sont clairement pas étrangères à l’inspiration de Frédéric Bélanger et son autrice.


Le mouvement, les chorégraphies de Yann Aspirot ont une place de choix dans Quichotte. (Photo: Yves Renaud.)
Le mouvement, les chorégraphies de Yann Aspirot ont une place de choix dans Quichotte. (Photo: Yves Renaud.)

   Plus que jamais, Frédéric Bélanger, qui a aussi monté une version théâtre musical de la pièce Des Fraises en janvier d’Evelyne de la Chenelière en anglais au Centaur la saison dernière, explore le chant et la musique avec la complicité de Gustafson (Adrien Bletton et Jean-Philippe Perras) qui était de La Nuit des rois alors que Rébecca Déraspe s’amuse clairement à «paroler» comme elle l’avait fait dans Je suis William. Avec tous ces complices, la magie opère assurément, même si, par moments, on a presque l’impression de redites. Qu’à cela ne tienne, votre tout dévoué a refusé de bouder son plaisir.


Les costumes de Jonathan Beaudoin sont on ne peut plus Cabaret-esque. (Photo: Yves Renaud)
Les costumes de Jonathan Beaudoin sont on ne peut plus Cabaret-esque. (Photo: Yves Renaud)

   Sur scène, Normand D’Amour renoue avec un personnage fantaisiste après son Rêveur dans le bain (saison 2023-2024) sur la même scène. Il oscille entre force et vulnérabilité et le personnage a de petites touches d’innocence et de naïveté qui permettent au comédien de bien naviguer la richesse du rôle. Avec à ses côtés Debbie Lynch-White (magnifique en tenancière madame Petit) et Benoit McGinnis (incarnant son mari et… faux ami ?), grands acteurs revêtant les habits de personnages clairement écrits pour eux, D’Amour se donne avec générosité.


La faune du club de madame Petit (Debbie Lynch-White) nous en met plein la vue. (Photo: Yves Renaud.)
La faune du club de madame Petit (Debbie Lynch-White) nous en met plein la vue. (Photo: Yves Renaud.)

   La faune du club représente bien ces artistes à la fois vulnérables et mus par la création, les braises artistiques qui doivent continuer à chauffer. On se régale du jeu de la toujours excellente Marie-Pier Labrecque, de la féline Méthushalème Dary, de la puissante Catherine Beauchemin (aux qualités athlétiques impressionnantes), du touchant et vulnérable Félix Lahaye (que j’ai pu déjà apprécier dans Hair, Chicago, Orgueil et Préjugés et Mademoiselle Agnès, entre autres), de l’élégante Marie-Andrée Lemieux (quelle prestance!) et du talentueux Yann Aspirot (Jules et Joséphine, La Place rouge, Monstres) qui signe également les chorégraphies énergiques.


Le décor et les éclairages de Quichotte viennent épouser la vision de Bélanger. (Photo: Yves Renaud.)
Le décor et les éclairages de Quichotte viennent épouser la vision de Bélanger. (Photo: Yves Renaud.)

   Tout ce talent se meut dans le décor de Francis Farley-Lemieux qui m’a rappelé un peu celui de Jules et Joséphine, une autre mise en scène de Frédéric Bélanger, et qui confirme le talent et la signature du concepteur. Badigeonnée des éclairages de Chantal Labonté et baignée de la musique percutante de Gustafson (génial de revoir les complices accompagnant les acteurs sur scène), cette nouvelle production signée Advienne que pourra vient faire du bien dans un moment où, plus que jamais, les artistes ont besoin de se serrer les coudes.



Quichotte de Rébecca Déraspe d’après Cervantès Idée originale et mise en scène: Frédéric Bélanger

Accompagnement dramaturgique: Ricar Soler Mallol

Assistance à la mise en scène: Marie-Hélène Dufort

Avec Yann Aspirot, Catherine Beauchemin, Normand D’Amour, Adrien Bletton, Méthushalème Dary, Guido Del Fabbro, Marie-Pier Labrecque, Félix Lahaye, Marie-Andrée Lemieux, Debbie Lynch-White, Benoit McGinnis et Jean-Philippe Perras

Décor et accessoires: Francis Farley-Lemieux

Costumes et coiffures: Jonathan Beaudoin

Assistante aux costumes: Mélanie Beauvais

Éclairages: Chantal Labonté

Musique originale: Gustafson (Adrien Bletton et Jean-Philippe Perras)

Chorégraphies: Yann Aspirot

Maquillages: Audrey Toulouse

Perruques: Sarah Tremblay

Une production du Théâtre du Nouveau Monde en coproduction avec le Théâtre Advienne que pourra

Du 5 mai au 6 juin 2026 (Durée: 1h25 sans entracte)

*** Supplémentaires:

Mardi, le 19 mai 13h

Dimanche, le 31 mai 14h

Théâtre du Nouveau Monde, 84, rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal

Billetterie: 514-866-8668, poste 1 - https://tnm.qc.ca/2025-2026/quichotte Photos: Yves Renaud

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