Théâtre: «Marioupol» de Philippe Ducros: Combustion lente
par Yanik Comeau (Comunik Média/ZoneCulture)
Philippe Ducros est un de nos plus grands créateurs mais aussi un des artistes les plus engagés de sa génération. Engagé parce que Philippe Ducros ne se contente pas de créer de bonnes histoires, il les plonge dans des univers que l’on ne voit pas… ou que l’on voit que par la lorgnette des bulletins de nouvelles. C’est encore le cas avec sa dernière création, un p’tit bijou qu’il baptise Marioupol du nom de la ville ukrainienne de plus d’un demi-million d’habitants qui sera assiégée par Vladimir Poutine dans sa quête sanguinaire de prise de contrôle de l’Ukraine à l’hiver 2022.

Marioupol a un théâtre national qui se métamorphosera en une sorte de bunker, un abri antiaérien qui deviendra le gîte d’artistes et de quidams qui s’y réfugient et qui cohabitent avec des degrés différents d’optimisme, de pessimisme et d’espoir.

Le metteur en scène Sasha Samar, lui-même ukrainien et créateur du classique québécois Moi, dans les ruines rouges du siècle qui sera suivi cette année chez Duceppe par Nous, dans les plaines immenses, rassemble autour de lui une distribution éclectique mais étonnamment assortie, comédiennes et comédiens issus principalement de minorités visibles et culturelles. Autour des deux «hommes blancs», un francophone (le formidable Richard Thériault) et un anglophone (l’homme de théâtre multi-talentueux Jon Lachlan Stewart), on se régale des talents de l’Haïtienne Maryline Chery, de la Québécoise aux parents d’origine portugaise Sylvie De Morais-Nogueira (qui m’avait jeté par terre dans 5 balles dans la tête), la Mexicaine Lesly Velázquez dont j’apprécie le travail depuis Anatomie de l’objet #4, la magnifique Marie-Christine Lê-Huu (papa vietnamien, maman québécoise) que je me réjouis de revoir sur scène après Je pense à Yu de Carole Fréchette au CDTA il y a belle lurette), du Biélorusse Alexander Peganov (criant de vérité) et de la bouleversante Ukrainienne Olga Khomyakova, des découvertes pour moi.

Au cœur du Théâtre Aux Écuries, le metteur en scène exploite habilement à la fois le théâtre d’ombre, les projections et le minimalisme de la scénographie de Julie Vallée-Léger. Ce campement intérieur – et parfois pas si intérieur que ça – illustre efficacement le chaos que provoque cette guerre qui, des mois plus tard, laissera en ruine cette institution théâtrale reproduite sur scène.
Marioupol traite des horreurs de la guerre en Ukraine avec une sensibilité déconcertante, celle qui vient trop souvent seulement de la fiction. Rares sont les occasions où les victimes de la guerre peuvent être plus qu’une statistique, un nombre de morts, des images de bâtiments détruits, de soldats disciplinés. Ici, on entre dans la vie d’humains. Des humains que Philippe Ducros et Sasha Samar nous offrent avec néanmoins beaucoup de douceur.

Marioupol de Philippe Ducros Mise en scène: Sasha Samar Assistance à la mise en scène: Guillaume Deman Interprètes: Maryline Chery, Sylvie De Morais-Nogueira, Olena Khomyakova, Jon Lachlan Stewart, Marie-Christine Lê-Huu, Alexander Peganov, Richard Thériault et Lesly Velázquez Scénographie: Julie Vallée-Léger Éclairages et régie: Thomas Godefroid Costumes: Catherine Gauthier Conception sonore: Arthur Champagne Coach vocal: Luc Chandonnet et Marie Lavallée Gréage: Marcus Gauthier Direction technique et régie de plateau: Justin Lalande Direction de production et régie de plateau: Mélisande Goux Direction administrative: Marie-Christine André Direction des communications: Claudie Gariépy Diffusion Flore Bailly: (Roger Roger) Production: Hôtel-Motel Du 22 septembre au 10 octobre 2026 les mardis et mercredis, 19h, jeudis et vendredis 20h, samedi 16h (durée: 1h45 sans entracte) Théâtre Aux Écuries, 7285, rue Chabot, Montréal Information: https://auxecuries.com/evenements/marioupol/ Billetterie: https://auxecuries.tuxedobillet.com/main/marioupol?axeptio_token=A-JDLWp6Jomjio0TRvp78u1cOw Photos: Stéphane Bourgeois




Commentaires