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Théâtre: «Manikanetish» d’après le roman de Naomi Fontaine: La dure école de la vie

par Yanik Comeau (Comunik Média/ZoneCulture)

Les adaptations de romans, de films, de nouvelles et les œuvres mettant en valeur la culture des Premières Nations sont plus que jamais dans l’air du temps. En apprenant que Duceppe allait produire une adaptation du roman Manikanetish de la populaire autrice Innu Naomi Fontaine dans le cadre de sa saison 100% création québécoise, on ne pouvait qu’être curieux du projet, d’autant plus qu’on nous promettait une distribution «toute Premières Nations» comme on nous avait promis une distribution majoritairement moyen-orientale pour Mama en début de saison.



On a confié l’adaptation du roman à l’autrice avec la complicité de Julie-Anne Ranger-Beauregard qui avait déjà adapté Little Women (Quatre Filles) pour le Théâtre Denise-Pelletier la saison dernière. Pas de doute que cette expérience aura été précieuse parce qu’il semblerait que l’adaptation soit réussie. Le résultat sur scène, en tout cas, est concluant. On aurait pu s’inquiéter que le metteur en scène Jean-Simon Traversy ait senti le besoin, à quelques semaines de la première, d’intégrer Naomi Fontaine à la distribution, comme si quelque chose clochait, qu’il manquait quelque chose, mais clairement, la décision a été la bonne parce que cette narratrice «dix ans plus tard» qui s’adresse à sa «younger self» tout en agissant comme narratrice qui brise le quatrième mur est d’une efficacité redoutable.



On aurait pu aussi s’inquiéter devant le processus ardu pour trouver une bande de très jeunes comédiens Innu pour incarner les élèves adolescents de Yammie/Naomi. Parce qu’après tout, on est chez Duceppe, pas dans une production scolaire. Les jeunes trouvés lors d’auditions et d’ateliers ont visiblement été dirigés avec rigueur et doigté et tirent étonnamment bien leur épingle du jeu. Encore plus étonnant, même si parfois, leur niveau de jeu manque de naturel, ils sont particulièrement surprenants de vérité dans des extraits du Cid de Corneille que la classe répète dans le cadre d’un projet d’école. Les répliques jouées en alexandrins ne sont évidemment pas livrées dans un français international avec diction impeccable mais plutôt en un Québécois qu’ils soignent au meilleur de leurs connaissances et qui est complètement charmant.



Avant le début du spectacle, dans le décor qui représente le gymnase/cafétéria de l’École Manikanetish, quelques-uns des interprètes brisent la glace de façon fort sympathique en s’adressant directement au public qui gagne encore son siège. La pièce commence et on rencontre les élèves de Yammie (Sharon Fontaine-Ishpatao) qui arrive au village pleine d’espoir et d’énergie pour enseigner le français à un groupe d’ados assez méfiants et pas tous très réceptifs. Comme Robin Williams dans Dead Poets Society, Michelle Pfiffer dans Dangerous Minds, Chantal Fontaine dans Virginie, l’enseignante aura du chemin à faire pour gagner ces jeunes. Au fil des scènes, ils nous feront rire, nous toucheront, nous mettront en colère… mais on comprendra que le bagage qu’ils traînent teinte leurs attitudes et leurs comportements. On entre aussi habilement dans la vie privée de cette Yammie qui a choisi de commencer sa carrière d’enseignante en retournant dans son village, où on a bien besoin d’elle, en mission, laissant derrière son amoureux Nicolas (l’excellent Charles Buckell-Robertson qui incarne également le directeur de l’école et le nouvel ami éventuel de Yammie vers la fin de la pièce).



Comme la famille égyptienne dépeinte dans Mama, la classe de jeunes Innu de Yammie dresse le portrait d’une communauté que nous connaissons si peu mais qui, par son universalité, rejoint tout le monde, jeunes et vieux, immigrants et non-immigrants, citoyennes et citoyens du monde, de toutes les nations. Une autre belle découverte, une autre belle réussite dans une saison sans faute.



Manikanetish d’après le roman de Naomi Fontaine

Adaptation théâtrale par Naomi Fontaine et Julie-Anne Ranger-Beauregard Mise en scène de Jean-Simon Traversy

Assistance à la mise en scène: Marie-Hélène Dufort

Interprétation: Lashuanna Aster Vollant, Charles Buckell-Robertson, Marcorel Fontaine, Naomi Fontaine, Sharon Fontaine-Ishpatao, Marc-Olivier Gingras, Emma Rankin, Scott Riverin, Jean-Luc Shapatu Vollant, Étienne Thibeault et Alexia Vinci

Scénographie: Xavier Mary

Costumes: Jocelyne Jean-Pierre Bellefleur

Lumière: Gonzalo Sordi (mirari)

Musique: Étienne Thibeault

Accessoires: Alice Turcotte

Une production Duceppe avec la collaboration de la Fondation Cole

Du 8 mars au 8 avril 2023 (durée: 1h20 sans entracte)

Théâtre Jean-Duceppe, Place des Arts, Montréal.

Info: https://duceppe.com/manikanetish/

Photos: Danny Taillon

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