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  • Yanik Comeau

«Le Déclin de l’Empire Américain» d'après le scénario de Denys Arcand: Mise à niveau sans faille

Mis à jour : 12 juil 2019

par Yanik Comeau (ZoneCulture / Comunik Média)


Lorsque l'on décide de reprendre des œuvres qui ont marqué leur époque, des pièces de théâtre (ou des films) qui portaient une charge sociologique au moment de leur création, il arrive souvent que l'on constate à quel point la société n’a pas autant évolué qu’on aurait pu le souhaiter. On en a un exemple criant avec la reprise de la pièce phare de Denise Boucher Les Fées ont soif qui fait un tabac au Rideau Vert et l’adaptation par Patrice Dubois et Alain Farah du scénario de Denys Arcand du Déclin de l’Empire Américain ne fait pas exception.


Bien que j’estime (non-scientifiquement) à 50-50 le texte original restant et les dialogues adaptés pour que les références culturelles soient plus collées à la réalité d’aujourd’hui, on réalise à quel point les relations hommes-femmes, la vie occidentale, le capitalisme, l’être humain en général ont très peu changé en trente ans, malgré les «évolutions» technologiques, l’accélération du quotidien, l’exposition plus flagrante que jamais des vies privées exacerbée par les réseaux sociaux.



On reconnaît plusieurs scènes incontournables du film rendues célèbres par les Pierre Curzi, Geneviève Rioux, Rémy Girard, Dorothée Berryman, Yves Jacques, Daniel Brière, Dominique Michel, Louise Portal et Gabriel Arcand. Les personnages ont changé de noms mais Bruno Marcil et Marilyn Castonguay nous livrent habilement la version théâtrale de la scène de masturbation sur la table de massage («Excusez-moi. Je vais jouir…»). Patrice Dubois nous offre un Rémy-devenu-Patrice moins attachant que son «ancêtre», peut-être seulement parce qu’aujourd’hui, on trouve ça pas mal moins cute (acceptable ou normal ?), un homme qui trompe sa femme (sublime Rose-Maïté Erkoreka) à tour de bras. Anne Casabonne est absolument délicieuse dans le rôle de Judith (la Diane de Louise Portal dans le film), cette intellectuelle qui découvre le plaisir du BDSM aux mains de Marco (Alexandre Goyette, tout à fait dans son élément dans le rôle créé par Gabriel Arcand). Dans le rôle de Claude, devenu photographe célèbre, entre autre pour sa photo du World Trade Center au lendemain des attentats du 11 septembre sur la couverture du Time, Dany Boudreault réinvente bien le personnage créé par Yves Jacques. Marie-Hélène Thibault et Simon Lacroix complètent à merveille la distribution.



Dans une scénographie dépouillée créée par Pierre-Étienne Locas avec une musique de Larsen Lupin, le metteur en scène (toujours Patrice Dubois) nous transporte habilement dans chacun des lieux imaginé par Arcand et l’imagerie créée par les mouvements proposés par Sandrine Vachon permet aussi une belle perspective, des ellipses efficaces, une superposition de scènes qui donne du rythme au spectacle.

Dire que l’adaptation de Dubois et de son acolyte, l’universitaire Alain Farah, est bien tournée et ingénieuse serait un euphémisme. On y reconnaît les moments forts et phares du film sans se complaire dans une banale transposition théâtrale.Avec Le Déclin de l’Empire Américain, le Théâtre PàP poursuit son observation de l’humain par le théâtre, son virage de plus en plus ‘adulte’, lui qui avait d’abord été créé pour faire du théâtre ‘jeunesse’.


Et bien que le spectacle ait déjà fait une tournée et que sa distribution soit composée d’acteurs qui ne chôment pas et multiplient les projets, souhaitons que sa nouvelle mouture (avec quelques nouveaux comédiens, quand même) parte elle aussi manger de l’asphalte sur les routes du Québec et du Canada francophone.


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Le Déclin de l’Empire Américain selon le scénario de Denys Arcand Adaptation: Patrice Dubois et Alain Farah Mise en scène: Patrice Dubois Assistance à la mise en scène : Catherine La Frenière Avec Dany Boudreault, Anne Casabonne, Marilyn Castonguay, Patrice Dubois, Rose-Maïté Erkoreka, Alexandre Goyette, Simon Lacroix, Bruno Marcil et Marie-Hélène Thibault. Scénographie et accessoires : Pierre-Étienne Locas Costumes : Julie Breton Musique : Larsen Lupin Production Théâtre PàP 12 au 27 octobre 2018 (durée : 1h30 sans entracte) Espace Go, 4890, boulevard Saint-Laurent, Montréal. Billets: 514-845-4890