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Théâtre anglophone: «A Doll’s House, Part 2» de Lucas Hnath: Le retour triomphal de Nora

Mis à jour : 22 juin 2019


par Yanik Comeau (ZoneCulture/Comunik Média)


Presque trois demi-siècles après la création de Une maison de poupée du norvégien Henrik Ibsen au Théâtre Royal de Copenhague, le jeune dramaturge américain Lucas Hnath ose revisiter les personnages de ce classique contemporain en écrivant une suite, lui qui est bien sûr trop jeune pour avoir même assisté à la création de l’originale (après tout, nous le sommes tous !). Cette pièce d’Ibsen n’a néanmoins jamais pris une ride et n’a jamais cessé d’être remontée, reproduite, traduite, adaptée… Alors la question que pose Hnath, «Qu’a-t-il bien pu advenir de Nora Hemler?», a effleuré l’esprit de millions de comédiens, de comédiennes, de metteurs en scène et d’amateurs de théâtre au fil des décennies. La différence, c’est que Hnath a décidé de pousser la réflexion plus loin et d’y répondre par une nouvelle pièce.



Le résultat est probant. Cette comédie dramatique, A Doll’s House, Part 2, a non seulement marqué les débuts de Hnath sur Broadway mais s’est méritée 9 nominations aux prestigieux Tony Awards. Encensée pour son audace, son approche directe mais respectueuse (d’Ibsen et des personnages originaux), cette suite ne souffre définitivement pas des comparaisons que l’on pourrait faire avec l’originale, contrairement à certaines suites cinématographiques. Bien que A Doll’s House, Part 2 explore étrangement du langage cru qui surprend dans la bouche de Norvégiens du 19e siècle – particulièrement celle d’une bonne vieille nounou/gouvernante comme Anne-Marie (l’exceptionnelle Victoria Barkoff), la pièce permet aux amateurs de l’originale de renouer avec Nora (l’époustouflante Sarah Constible qui endosse le personnage comme si elle était née pour le jouer) et d’apprendre ce qu’elle est devenue, ce qui l’a occupée en quinze ans depuis qu’elle a claqué la porte de la maison familiale, laissant derrière mari et enfants.


S’attaquer à un si gros morceau seulement quelques mois après le triomphe qu’ont connu Laurie Metcalfe (Jackie dans Roseanne et The Conners), Chris Cooper (Oscarisé et gagnant du Golden Globe pour Adaptation), Jayne Houdyshell (gagnante du Tony, du Drama Desk et du Obie Award pour Meilleure Actrice dans The Humans) et Condola Rashad (multiple fois nommée aux Tonys, notamment pour Stick Fly, The Trip to Bountiful et pour le rôle-titre dans Saint Joan de George Bernard Shaw), tous en nomination pour les Tony Awards cette année pour ces rôles (Metcalfe est repartie avec le trophée), n’est pas une mince affaire. Néanmoins, la distribution cinq étoiles de la production du Segal relève le défi avec des performances audacieuses, pleines d’originalité et renversantes qui vaudront à chacun sans doute une nomination aux prix META.


En Torvald, Oliver Becker est rien de moins que spectaculaire. Presque insipide et sans couleur dans les premières minutes de la pièce (Torvald ne représente pas exactement la définition du mâle alpha sur papier), il s’anime graduellement et offre une performance fascinante dans le rôle du mari abandonné. Comme je le disais plus haut, Sarah Constible ne pourrait pas être plus juste en Nora. Elle oscille habilement entre l’hilarité – avec un sens du timing comique impeccable – et une troublante noirceur sans jamais tomber dans le cabotinage. Idem pour Ellie Moon dans le role d’Emmy, la fille du couple, aidée par la partition ingénieuse et intrigante créée par Hnath pour ce personnage qui était bébé lorsque sa mère a quitté. Elle impressionne avec sa performance nuancée dans le rôle de la jeune première. Dans le rôle de la nounou Anne-Marie, Victoria Barkoff est attachante, charmante et drôle sans jamais nous faire douter que c’est elle qui a tenu la famille ensemble pendant l’absence de Nora.

La metteure en scène Caitlyn Murphy en est à sa première mise en scène professionnelle, mais on ne le devinerait jamais. Elle fait un travail remarquable. Le soir de la première, elle avait beau dire humblement que 95% d’une bonne mise en scène, c’est un bon casting, elle s’avère une véritable découverte. Bien sûr, elle n’en est pas à ses premières armes au théâtre, elle qui écrit, œuvre comme conseillère dramaturgique et en est à sa deuxième saison comme Assistante Artistique au Segal Centre, mais cette première mise en scène en fait déjà, très clairement, une directrice d’acteurs crédible. On devine qu’elle multipliera les contrats de mise en scène dans les prochaines années. Un travail sans faille.

Terminant sa série de représentations le 9 décembre prochain, la production du Segal Centre de cette pièce de Lucas Hnath est un grand chelem.


A Doll’s House, Part 2 de Lucas Hnath Mise en scène: Caitlin Murphy Avec Sarah Constible, Oliver Becker, Victoria Barkoff et Ellie Moon Une production du Segal Centre for the Performing Arts Présentée du 18 novembre au 9 décembre 2018, relâche les vendredis, deux représentations les dimanches (14h et 19h), deux représentations les mercredis (13h et 20h), lundi 19h (rencontre avec les artistes après la représentation), mardi, jeudi, samedi 20h (Durée: 90 minutes sans entracte) Sylvan Adams Theatre Segal Centre for Performing Arts, 5170, chemin de la Côte-Sainte-Catherine, Montréal

Billetterie: 514-739-7944

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