• Yanik Comeau

«Temps zéro» de Marc-André Brunet: ‘Road trip’ ‘bad trippant’

Mis à jour : 22 juin 2019


par Yanik Comeau (ZoneCulture/Comunik Média)


Dans le théâtre écrit pour les adolescents, intéressant de voir à quel point le road trip est populaire. Tant d’auteurs ont plongé dans ce genre pour raconter leur histoire, notamment Jean-Frédéric Messier et Wajdi Mouawad. Peut-être parce que le road trip a du souffle et offre des rebondissements presque déjà intégrés, des péripéties (le mot qu’on utilise quand on enseigne l’écriture du conte, du récit, de la nouvelle à l’école) toutes naturelles, impose un rythme, un début, un milieu, une fin. Dans sa plus récente pièce, Temps zéro, le comédien et auteur Marc-André Brunet se paie le sien.



Temps zéro raconte l’histoire de Daniel, un ado qui aime un peu trop sa première blonde qui le laissera lors d’un party du Nouvel An, juste parce qu’elle ne le ressent pas autant que lui, peut-être juste parce qu’il est un bon gars et que les filles aiment les bad boys. Le jeune homme toujours sage et à son affaire aura besoin de partir en spirale pour se secouer les puces, se remettre de l’humiliation, se trouver, apprendre à se connaître et à se comprendre, être un peu moins le bon p’tit gars à ses parents. Pour ce faire, il s’appropriera l’auto de maman et traversera le Canada d’un océan à l’autre (dans sa vision poétique de la chose), partant de Laval (un peu moins glamour), lui rappellera Annie, sa partenaire de route, qui a besoin de se rendre en Colombie Britannique pour trouver sa mère.



Avec un texte assez solide et des personnages attachants, Brunet nous entraîne dans un voyage initiatique sympathique et généralement vraisemblable. Annie (solide Ariane Castellanos) se dévoile petit à petit et permet à son jeune chauffeur (autant qu’au public) de découvrir sa face cachée, son côté plus sombre, voire noir. Daniel profite du voyage pour crier son désespoir, faire le point sur ce qu’il a laissé derrière et finalement se rendre compte – ne sommes-nous pas tous un peu passés par là? – qu’il pourrait être beaucoup plus mal en point qu’il ne l’est.

Dans le rôle de Daniel, Joakim Robillard est attachant et touchant. Facile pour les adolescents – actuels ou anciens – de se reconnaître en lui et de s’identifier à sa quête, même si, évidemment, le comédien n’a plus l’âge du personnage. Bien que Marie-Ève Laverdure et Marc-André Brunet soient un tantinet trop caricaturaux dans les rôles des parents (une faiblesse que l’on détecte souvent dans les pièces pour adolescents, comme si l’auteur, le metteur en scène et les comédiens sentaient le besoin de dire à leur public, «ben oui, on vous comprend! Sont-tu gossants et quétaines, les parents, hein?»), on leur pardonne et on justifie par le fait qu’ils doivent créer un contraste avec les personnages d’adolescents qu’ils auront aussi à jouer, Coralie (la blonde de Daniel) et Alex (le tombeur un peu plus bad boy). Marc-André Brunet est aussi très solide dans les deux rôles qu’il jouera pendant le road trip, des personnages anglophones qu’il incarne dans un anglais sans faille, sans sous-titres… et sans demander pardon. L’excellente Véronic Rodrigue complète la distribution dans le rôle de l’amie de Daniel, «qui est comme un gars».



Charles Dauphinais signe une mise en scène vivante, animée, nerveuse qui sert bien le texte. La scénographie de Clélia Brissaud, des blocs qui peuvent rappeler des icebergs utilisés à toutes les sauces et que l’on éclabousse de superbes projections de neige, est ingénieuse et efficace. Les éclairages et la conception vidéo de Robin Kittel-Ouimet sont tout aussi magnifiques et contribuent grandement à créer les ambiances voulues.

Temps zéro du Théâtre Tombé du ciel s’inscrit parfaitement dans la programmation de Fred-Barry, la salle ‘expérimentation’, le théâtre de poche de la Nouvelle Compagnie Théâtrale, là où tous les publics peuvent se retrouver mais où les groupes scolaires, les adolescents, les jeunes devraient tout particulièrement se sentir chez eux.


Temps zéro de Marc-André Brunet Mise en scène: Charles Dauphinais Avec Marc-André Brunet, Ariane Castellanos, Marie-Ève Laverdure, Joakim Robillard et Véronic Rodrigue Une production Théâtre Tombé du ciel Du 13 novembre au 1er décembre 2018 (1h15 sans entracte) Salle Fred-Barry (Théâtre Denise-Pelletier), 4353, rue Sainte-Catherine, Montréal

Réservations : 514-253-8974 Photos : François Godard

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