• Yanik Comeau

«Table rase» de Catherine Chabot: La reprise d’une pièce qu’il faut voir et revoir

par Yanik Comeau (Comunik Média / ZoneCulture)

Plus souvent qu’autrement, lorsque l’on manque une production théâtrale, il faut en faire son deuil. Parfois, cependant, la chance (mais surtout, le succès d’une production) nous sourit et nous permet de nous reprendre. C’est le cas, ces jours-ci, à l’Espace Libre, où l’on offre une courte série de représentations supplémentaires de Table rase de Catherine Chabot, une production de Transthéâtre qui a connu un vif succès à sa création en 2015 et lors d’une première série de reprises en janvier dernier.

Pour moi, Table rase, c’est la découverte de la voix de Catherine Chabot, jeune auteure dramatique de talent qui livre ici une délicieuse partition théâtrale qui nous fait passer par toute la gamme des émotions (oui, j’assume pleinement mon cliché). Avec cette pièce, ce texte finement ficelé, cet huis-clos puissant, Catherine Chabot s’impose déjà comme une des dramaturges les plus importantes de sa génération, une dialoguiste hors pair, la Serge Boucher des filles de la «fin-vingtaine, début trentaine». J’ai déjà tellement hâte de découvrir son prochain texte, Dans le champ amoureux, mis en scène par Frédéric Blanchette à l’Espace Libre en novembre.


Photo: Marc-André Mongrain

Appuyée dans l’écriture par une metteure en scène et conseillère dramaturgique de grand talent, Brigitte Poupart, et ses cinq consœurs comédiennes, Catherine Chabot comédienne ne laisse pas sa place non plus dans ce spectacle. Renversante de vérité dans le rôle d’une des cinq filles qui se rassemblent dans un chalet dans le bois pour les derniers adieux à une amie d’enfance qui vit ses dernières heures (la sublime Marie-Anick Blais, toute en nuances et en subtilité), l’interprète laisse tout aussi bouche bée que l’auteure.


Photo : Eva-Maude T-C photographe

Et personne dans cette distribution cinq étoiles ne déçoit. Pour éviter de vous dévoiler des éléments importants de l’histoire qui pourraient vous gâcher votre plaisir, j’éviterai de vous parler trop des personnages, tous plus riches, nuancés et bien développés les uns que les autres. Vicky Bertrand est subtilement touchante, Rose-Anne Déry est profondément déchirante, Sarah Laurendeau réussit à nous rendre attachante cette fille terriblement «anale» et Marie-Noëlle Voisin est tout aussi criante de vérité dans le rôle de l’amie ésotérique névrosée.


Pas de doute que le travail de Brigitte Poupart à la mise en scène – à la direction d’acteurs, tout particulièrement – mérite d’être souligné et re-souligné trois fois. Comme capitaine de ce bateau, elle fait un travail d’orfèvre, elle dirige avec une précision de virtuose. Je ne voudrais en rien enlever quoi que ce soit au talent incroyable de ces six filles sublimes, mais quand on est bien dirigé, ça transparaît, ça se sent.

Lors de la première de cette nouvelle série de représentations, la salle était remplie d’adolescents et de jeunes adultes – un ou plusieurs groupes scolaires – un public qui peut s’avérer des plus difficiles, c’est bien connu. À la fin de la représentation, ces jeunes – les yeux dans l’eau, secoués jusqu’au plus profond de leurs âmes –, incluant mon adolescente qui m’accompagnait, après avoir ri aux éclats et versé bien des larmes, ont réservé une vague d’applaudissements généreux à ces comédiennes incroyables avec lesquelles ils auraient sans doute voulu aller prendre un verre… de quelque chose. Alcoolisé ou non. Shot!

Table rase de Catherine Chabot (ai-je assez dit son nom pour que vous ne l’oubliiez plus jamais ?) est un véritable vent de fraîcheur, une pièce forte, incontournable, puissante que je me sens privilégié d’avoir partagée avec une belle salle, réceptive à souhait. C’est aussi ça, le théâtre. Une communion à la culture.


Table rase

Texte: Catherine Chabot avec la collaboration de Brigitte Poupart et des interprètes Mise en scène, dramaturgie et scénographie: Brigitte Poupart

Avec Vicky Bertrand, Marie-Anick Blais, Catherine Chabot, Rose-Anne Déry, Sarah Laurendeau et Marie-Noëlle Voisin

Une production Transthéâtre 18 novembre au 5 décembre 2015

10 au 21 janvier 2017

19 au 29 octobre 2017 (1h35 sans entracte) Espace Libre, 1945, rue Fullum, Montréal Réservations : 514-521-4191

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