• Yanik Comeau

Spectacle musical: «Le Mystère Carmen» d’Éric-Emmanuel Schmitt: Et si Bizet m’était conté…

Mis à jour : 8 juin 2019


par Yanik Comeau (Comunik Média /ZoneCulture)



Le Mystère Carmen, le plus récent projet coup de cœur de l’auteur, philosophe, mélomane passionné d’opéra Éric-Emmanuel Schmitt arrive aussi naturellement sur la scène du Théâtre du Nouveau Monde que l’hiver arrive au Québec,… même avec les changements climatiques ! Cependant, il est accueilli de façon beaucoup plus harmonieuse. Après le succès de sa pièce Variations énigmatiques présentée en 2001, de son adaptation du Journal d’Anne Frank que mettait en scène Lorraine Pintal en 2015 et de son Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran proposé encore plus récemment, c’est presque de façon organique que Le Mystère Carmen, texte commandé d’abord à l’auteur par l’Opéra de Paris, atterrit sur la scène de l’ancienne Comédie Canadienne dans une nouvelle mise en scène de la directrice du TNM.



Le résultat est un heureux mélange de théâtre, d’opéra, d’histoire, de philosophie et de musicologie. Éric-Emmanuel Schmitt lui-même, de plus en plus reconnu comme comédien puisqu’il joue régulièrement ses propres textes, agit à titre de narrateur pour nous raconter la vie de Georges Bizet, le jeune prodige, pianiste virtuose et compositeur légendaire (mais seulement après sa mort prématurée, malheureusement) qui remportera le premier grand prix de Rome avec sa cantate Clovis et Clothilde à 19 ans mais qui dérapera solide à l’âge adulte, éparpillé, échevelé, obsédé du contrôle, apprendra-t-on. Il réussira bien à nous laisser l’inoubliable et infiniment célèbre Carmen, mais il y laissera aussi sa peau, foudroyé par un infarctus à l’âge de 36 ans, après la 33e représentation de son opéra qui restera son œuvre la plus achevée, la plus mature, la plus jouée, évidemment.


Avec Le Mystère Carmen, Éric-Emmanuel Schmitt nous narre la vie du compositeur, nous la met en contexte, la parsème d’extraits de ses œuvres musicales – notamment sa Nocturne en Ré majeur et ses fascinantes Variations chromatiques jouées par le pianiste Dominic Boulianne et Schmitt lui-même à un certain moment dans le spectacle – et de ses œuvres lyriques non seulement chantées mais interprétées de façon magistrale (merci à la direction d’«acteurs» de Lorraine Pintal ?) par la toujours sublime Marie-Josée Lord et le charismatique et talentueux ténor Jean-Michel Richer. On reproche souvent aux interprètes d’opéra d’être trop statistiques, trop dans la voix et pas assez dans le jeu, dans l’interprétation ? Hé bien ici, on a droit à des extraits mis en scène dans le mouvement, dans l’action, dans la fougue. Même les détracteurs d’opéra ne roulent pas des yeux !


Bien que certains puissent trouver que le spectacle est didactique, puissent trouver qu’il s’agit surtout d’un cours magistral sur la vie de Bizet et d’une analyse musicologique de l’écriture et de la création de Carmen, on ne s’ennuie pas un moment en compagnie de cette distribution cinq étoiles et on ne souffre pas d’un manque de théâtralité. Malgré le fait qu’Éric-Emmanuel ait fait une mauvaise chute sur les trottoirs glacés de Montréal à quelques jours de la première et que l’on ait remarqué un certain besoin de compenser sa douleur physique le soir de ladite première, on ne peut pas dire que l’incident fâcheux ait affecté son interprétation outre-mesure. Il est en parfaite maîtrise de son texte (malgré quelques petites hésitations qui l’ont juste rendu plus humain devant le tout Montréal), l’interprète avec générosité, humour, sensibilité et vérité, et fait une belle place à ses complices sur scène.



Marie-Josée Lord est d’une vérité désarmante, tant dans l’extrait de Djamileh, en duo avec Jean-Michel Richer, que dans les nombreux extraits de Carmen et dans Les Adieux de l’hôtesse arabe sur le poème de Victor Hugo. On l’aime, on l’aime, on l’aime. Et c’est pareil pour Jean-Michel Richer et Dominic Boulianne, de grands artistes, de grands interprètes qu’il fait bon découvrir pour un néophyte en musique comme moi.


Ceux qui pourraient craindre que Le Mystère Carmen soit un spectacle trop hermétique, trop réservé aux connaisseurs devraient mettre leurs inquiétudes au vestiaire avec leur manteau d’hiver. Éric-Emmanuel Schmitt est un poète populaire, un vulgarisateur sans prétention, un mélomane généreux qui veut partager ses passions avec le plus grand nombre. Et Lorraine Pintal met son grand talent de metteure en scène au service de ce texte, de ses interprètes que nous devrions tous nous réjouir d’avoir la chance de voir dans un tel contexte. Et pour le plus grand bonheur de tous, après les représentations au TNM, la troupe partira sur les routes du Québec pour une série de 14 représentations entre le 19 avril et le 15 mai prochains.


Le Mystère Carmen un spectacle musical d’Éric-Emmanuel Schmitt Mise en scène: Lorraine Pintal Avec Éric-Emmanuel Schmitt (narrateur), Marie-Josée Lord (soprano), Jean-Michel Richer (ténor) et Dominic Boulianne (pianiste). Une production du Théâtre du Nouveau Monde et de DDA Productions (Didier Morissonneau). 26 février au 16 mars 2019 (Durée: 1h45 sans entracte) *** Supplémentaire le 10 mars 2019 à 14h Théâtre du Nouveau Monde, 84, rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal Billetterie: 514-866-8668, poste 1 - https://ticket.tnm.qc.ca Tournée Production Didier Morissonneau, du 19 avril au 15 mai 2019 Saint-Hyacinthe: 19 avril, Centre des Arts Juliette-Lassonde, Salle Desjardins Saint-Jean-sur-Richelieu: 20 avril, Théâtre des Deux Rives Laval: 22 avril, Salle André-Mathieu Longueuil: 27 avril, Théâtre de la Ville Trois-Rivières: 1er mai, Salle J. Antonio Thompson Victoriaville: 2 mai, Le Carré 150 – Espace culturel Saint-Jérôme: 4 mai, Théâtre Gilles-Vigneault Québec: 5 et 6 mai, Salle Albert-Rousseau L’Assomption: 7 mai, Théâtre Hector-Charland Saguenay: 8 mai, Théâtre Banque Nationale Sainte-Geneviève: 10 mai, Salle Pauline-Julien Sainte-Agathe: 11 mai, Théâtre Le Patriote Gatineau: 15 mai, Salle Odyssée

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