• Yanik Comeau

«Made in Beautiful (La Belle Province)» d’Olivier Arteau: Halloween en famille

par Yanik Comeau (Comunik Média / ZoneCulture)

Dès ma première rencontre avec l’écriture d’Olivier Arteau alors qu’il présentait Doggy dans Gravel à la Salle Fred-Barry à l’automne 2017, j’ai été happé et séduit par l’audace, la folie, la saveur de ses dialogues branchés sur son époque. Ce qui m’avait frappé chez Arteau, c’est qu’il ne recule devant rien, il ne demande pas pardon, mais il ne choque pas pour choquer. Tout du chaos qu’il dépeint sur scène est organique. Organiquement trash, in your face, mais généreusement humain. Olivier Arteau aime ses personnages, les respecte, nous les fait aimer aussi sans les enfoncer au fond de nos gorges. C’est ce qu’il fait encore avec Made in Beautiful (La Belle Province), pièce créée en 2017 et proposée comme copieux hors d’œuvre en début de résidence de deux spectacles à la salle Jean-Claude Germain du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui.



Made in Beautiful (La Belle Province), c’est une grosse fresque familiale parsemée de bornes historiques. Des rendez-vous familiaux ponctuels – Linda (très juste Sophie Dion, plus subtile que dans le rôle de la belle-sœur dans Bonne retraite Jocelyne de Fabien Cloutier dans laquelle elle était aussi excellente) organise des partys d’Halloween auxquels tout le monde est convié – qui sont infusés des événements politiques, enjeux sociaux, bouleversements culturels et philosophiques qui ont marqué l’année. Les festivités sont toujours prétexte à débat, échanges enflammés, confrontations… comme dans toutes les familles.



Et c’est là une des grandes forces de ce texte. On s’attaque à tout ce qui bouge et les points de vue divergents sont présentés. Terrorisme, racisme, mariage gai, éducation, culture, avortement, droits des femmes,… du point de vue d’hommes, de femmes, d’enfants, d’ados, d’hétéros, de gai.e.s, de jeunes, de vieux…



La distribution d’onze comédiens est épatante. On se régale de l’interprétation de Vincent Roy qui incarne une mamie qui rappelle autant la Moman de Serge Thériault dans La Petite Vie que Mado Lamothe ! Dans le rôle de la sœur de Linda, on rit tout autant qu’on est touché par le jeu nuancé d’Ariel Charest, une comédienne que j’apprécie beaucoup depuis que je l’ai vue au Trident dans Le Vrai Monde ? de Tremblay. On adhère totalement aux propositions de Nathalie Séguin qui vieillit sous nos yeux, incarnant le bébé de la famille, déguisée en E.T., jusqu’à la jeune femme tiraillée entre sa blonde et sa famille en passant par l’étudiante revendicatrice qui arbore fièrement le carré rouge.



Comme André Brassard et Serge Denoncourt avant lui, Olivier Arteau se construit une famille théâtrale, un cercle d’acteurs avec lesquels il travaille dans la magie. On sent toute la troupe dirigée dans une harmonie et dans un bonheur contagieux.



Impeccablement bilingue, Mustapha Aramis incarne l’amoureux de Réjean Vallée avec un aplomb impressionnant. David Bouchard, Gabriel Cloutier Tremblay, Lé Aubin, Lucie M. Constantineau et Marc-Antoine Marceau sont tous excellents.



Made in Beautiful est promise à une belle carrière. Cela étant dit, c’est une pièce qui sera appelée à constamment être remise au goût du jour comme en témoigne les références à de nouveaux personnages comme Greta Thunberg qui n’avait pas encore fait irruption sur la scène mondiale au moment de la création de la pièce. Qu’à cela ne tienne, ces deux heures de fin dosage entre comédie et drame sont absolument délicieuses. À découvrir !


Made in Beautiful (La Belle Province) d’Olivier Arteau Mise en scène: Olivier Arteau Avec Mustapha Aramis, Lé Aubin, David Bouchard, Ariel Charest, Gabriel Cloutier Tremblay, Sophie Dion, Marc-Antoine Marceau, Lucie M. Constantineau, Vincent Roy, Nathalie Séguin et Réjean Vallée Assistance à la mise en scène: Blanche Gionet-Lavigne Musique originale: Vincent Roy Éclairages: Jean-François Labbé Costumes et accessoires: Élène Pearson et Delphine Gagné assistées de Vanessa Cadrin Vidéo: Kevin Dubois Confection des marionnettes : Brian Pierce Une création de Théâtre Kata en collaboration avec le Théâtre La Bordée en codiffusion avec le Centre du Théâtre d’Aujourd’hui 14 janvier au 1er février 2020 (2 heures sans entracte) *** Supplémentaires : 4 février 19h et 5 février 20h Théâtre d’Aujourd’hui – Salle Jean-Claude-Germain, 3900, rue Saint-Denis, Montréal Renseignements : 514-282-3900 – theatredaujourdhui.qc.ca Photos: Valérie Remise

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