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  • Yanik Comeau

«M.I.L.F.» de Marjolaine Beauchamp: Les Mères ont soif

par Yanik Comeau (Comunik Média/ZoneCulture)



Avec M.I.L.F., l’auteure, poétesse, slameuse, comédienne Marjolaine Beauchamp arrive avec Les Fées ont soif des années 2020. Créée il y a trois ans et couronnée de succès, la pièce s’est mérité quatre prix Rideau dont Production de l’année. La pièce, qui met en scène trois comédiennes jouant trois personnages de femmes, de mères, chacune bien différente, s’apparente à son ancêtre signé Denise Boucher par son amalgamation de monologues témoignages, cris du cœur, et de par sa mise en scène imagée et stylisée, métaphorique plutôt qu’hyperréaliste. On y rencontre la M.I.L.F., bien sûr, mais aussi la Mom I’d Like to Save et la Mom I’d Like to Kill qui deviennent en quelque sorte les personnages types comme l’était Marie (la mère), Madeleine (la prostituée) et La Statue dans Les Fées ont soif.



La poésie de Marjolaine Beauchamp est à la fois belle et crue, touchante et dure. Son texte oscille entre le comique et le tragique, le pathétique et l’absurde. Dans une mise en scène et une scénographie pour le moins minimalistes, mais toutes les images et en métaphores visuelles, les personnages évoluent dans des espaces souvent délimités par des sources d’éclairages que les comédiennes manipulent elles-mêmes. Ingénieux et proactif. La musique et le bruitage en direct, interprétés avec discrétion par Pierre-Luc Clément, ponctue efficacement le texte tout autant que les transitions.



Dans les rôles des trois mères, Marjolaine Beauchamp, Geneviève Dufour et Stéphanie Kym Tougas sont formidables, d’une aisance désarmante, d’un naturel à la fois saisissant et absolument essentiel dans une si petite salle où le lait qui coule de la table peut facilement se tracer un ruisseau jusqu’aux chaussures des spectateurs dans la première rangée.



Bien que la pièce évite de devenir un vulgaire plaidoyer pour les femmes qui veulent dénoncer certaines injustices, certains préjugés, certaines attentes irréalistes de la société dans laquelle nous vivons, bien que Marjolaine Beauchamp se soit inspirée de sa propre expérience de vie mais aussi de celles de femmes autour d’elle rencontrées dans un contexte qui inspirait la confidence (un bon vieux dildo party comme ceux qui ont remplacé le party Tupperware de nos mères et grands-mères – et qui existent toujours, soit dit en passant), M.I.L.F. n’a rien de larmoyant, de lamentant ou de gémissant. Les personnages s’avèrent attachants et rafraîchissants malgré leurs côtés sombres et on a envie qu’elles arrivent à tirer leur épingle du jeu dans la vie. On croit aussi qu’elles veulent toutes être de bonnes mères et qu’elles pourront y arriver… avec différents niveaux de soutien extérieur ! Après tout, ça prend un village…



M.I.L.F. évite les écueils qui pourraient aliéner une tranche du public et propose plutôt un POV que tout le monde peut et gagne à entendre. Longue vie à cette pièce et au tandem Marjolaine Beauchamp/Pierre Antoine Lafon Simard qui entame avec M.I.L.F. une résidence de deux créations à la salle Jean-Claude-Germain.



M.I.L.F. de Marjolaine Beauchamp Mise en scène: Pierre Antoine Lafon Simard Avec Marjolaine Beauchamp, Geneviève Dufour et Stéphanie Kym Tougas Assistance à la mise en scène et régie : Benoit Roy Musique originale: Pierre-Luc Clément Éclairages: Guillaume Houët Une création du Théâtre du Trillum 18 février au 7 mars 2020 (1h10 sans entracte) *** Supplémentaires : 29 février et 7 mars 20h Théâtre d’Aujourd’hui – Salle Jean-Claude-Germain, 3900, rue Saint-Denis, Montréal Renseignements : 514-282-3900 – theatredaujourdhui.qc.ca

Photos: Valérie Remise