• Yanik Comeau

«Edmond» d’Alexis Michalik: Majestueux plongeon dans l’univers de la création

Mis à jour : 11 juil. 2019

Par Yanik Comeau (Comunik Média/ZoneCulture)


Dans le cadre de son volet Théâtre, le Festival Juste pour rire présente cet été deux musicals, Fame et Les Choristes, et deux pièces, Meurtre sur prescription et Edmond. Les deux Serge, Postigo et Denoncourt, montent chacun deux œuvres: Postigo les deux américaines, Denoncourt les deux françaises.

Avec Edmond, Denoncourt se fait plaisir, montant une pièce qu’il a vue à Paris et qui a été un coup de cœur instantané. Pas seulement pour lui mais pour le public français si l’on se fie aux critiques tout autant qu’au box office. Il était donc tout naturel d’offrir au public montréalais la troisième pièce du jeune comédien, auteur Alexis Michalik «racontant la création de Cyrano de Bergerac» d’Edmond Rostand, chef d’œuvre de la dramaturgie française écrite en catastrophe à la fin du 19e siècle.



En assistant à la pièce présentée au TNM jusqu’au 28 août, il est difficile de ne pas faire des rapprochements avec le Shakespeare in Love oscarisé de John Madden ou le mémorable Bullets over Broadway de Woody Allen. Le théâtre dans le théâtre, les producteurs qui ne connaissent rien de rien à l’art ou à la création, les divas qui se prennent un peu trop au sérieux, les acteurs, metteurs en scène et financiers qui pensent qu’une pièce, ça s’écrit tout seul… Un délice pour les gens du métier (particulièrement nombreux le soir de la première et qui explosent de rire en entendant le directeur de théâtre dire: «Payer les répétitions? Quelle idée!») tout autant que les spectateurs friands de secrets de coulisses, de making of et de comment c’est fait.



Edmond raconte l’histoire de Rostand le poète (excellent François-Xavier Dufour dans un rôle on ne peut plus différent de ce qu’il jouait dans Secrets de la Petite Italie de Steve Galluccio chez Duceppe la saison dernière) qui n’a rien écrit depuis deux ans et qui propose une pièce au comédien / directeur de théâtre Constant Coquelin (Normand Lévesque que l’on retrouve avec grand plaisir) sans avoir la moindre idée de ce qu’il va écrire. Petit à petit, il se laissera inspirer par la vie quotidienne (tiens, tiens…), par la jolie habilleuse Jeanne (magnifique Marie-Pier Labrecque) et par le rôle qu’il devra lui-même jouer pour aider le jeune bellâtre acteur Leonidas Volny (magnifique Philippe Thibault-Denis que Denoncourt retrouve après un Roméo et Juliette mémorable) à séduire avec sa poésie la douce employée de coulisses.Comme dans Shakespeare in Love, Rostand remettra aux acteurs et au directeur quelques pages, un acte à la fois, et la pièce en trois actes en aura bientôt quatre, puis cinq… au grand désespoir de la diva, Maria Legault (épatante Kim Despatis, absolument sublime et hilarante!), qui se plaint d’avoir trop de texte, puis pas assez, puis… de quoi d’autre encore?


Tout au long du processus d’écriture, Edmond se mesurera aux railleries et commentaires de Feydeau (excellent Daniel Parent qui se transforme aussi en Méliès, Ravel, Tchekhov…) et de Courteline (formidable Mathieu Richard, complètement ridicule en Jean Coquelin, personnage qui rappelle le fils que jouait Marc Messier dans Broue – c’est tout dire!), devra se plier aux exigences absurdes des frères Floury (Mathieu Quesnel et Jean-Moïse Martin qui frôlent les Dupont et Dupond de Tintin!) et aimera profondément sa Rosemonde (Émilie Bibeau) tout en navigant les sentiments ambigus que provoque en lui la belle Jeanne (est-ce que ça se limite vraiment juste à l’inspiration?).


Denoncourt a réuni une distribution impec (comme diraient nos cousins!) qui inclut également l’excellent Widemir Normil (qu’on gagne à voir de plus en plus sur toutes les scènes) et la toujours efficace Catherine Proulx-Lemay (qui incarne, entre autres, la zéro subtile Sarah Bernhardt).

Tout a été mis en œuvre pour que cette production soit sublime. La scénographie du toujours génial Guillaume Lord, les costumes de Pierre-Guy Lapointe, la conception d’éclairage d’Erwann Bernard, la conception sonore et musicale de Colin Gagné et les belles vidéos de Silent Partners Studio convergent en un tout qui frôle la perfection. Bien qu’à mon sens la pièce gagnerait à être légèrement écourtée (j’entendais la voix de Denise Filiatrault dans ma tête – On coupe! On coupe! – dans les scènes de la première de Cyrano à la fin, bien qu’elles soient ingénieusement présentées), Edmond frappe dans le mille et Denoncourt confirme une fois de plus sa place dans le firmament des grands metteurs en scène de chez nous.


Edmond fait du bien. Une pièce fraîche et estivale qui peut être savourée à l’année, offerte par une équipe dynamique et 100% engagée dans une production incontournable.


Edmond Texte d’Alexis Michalik Mise en scène: Serge Denoncourt Avec François-Xavier Dufour, Émilie Bibeau, Widemir Normil, Marie-Pier Labrecque, Normand Lévesque, Mathieu Richard, Philippe Thibault-Denis, Kim Despatis, Mathieu Quesnel, Jean-Moïse Martin, Catherine Proulx-Lemay et Daniel Parent. Une production du Festival Juste pour rire. 26 juillet au 28 août 2018 (mardi au samedi, 20h) (Durée : 2h15 sans entracte) Théâtre du Nouveau Monde, 84, rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal Billetterie: 514-866-8668, poste 1 - https://ticket.tnm.qc.ca Photos : Yves Renaud

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