• Yanik Comeau

Théâtre/Performance: «Ayibobo III: Little Dollhouse on the Prairie»: Oprah, Wendy, Tyra et vous

Dernière mise à jour : sept. 14

par Yanik Comeau (Comunik Média / ZoneCulture)


Je n’ai pas eu la chance de voir les deux premiers chapitres d’Ayibobo, le projet d’Elle Barbara, alors je ne puis comparer ou évaluer l’évolution vers cette troisième mouture que l’on dit la plus ambitieuse et que j’ai vue hier soir à La Chapelle, Scènes Contemporaines. Les deux premiers spectacles ont été présentés dans le cadre du Festival Lux Magna de Montréal en 2019 et 2020 et le troisième, coproduit par House of Barbara et Danse-Cité, est une fête de l’homosexualité et de la transsexualité qui se déploie sans demander pardon.


Je regrette donc de ne pas avoir vu les deux premiers chapitres qui, peut-être, ne m’auraient pas réjoui et comblé comme l’a fait ce troisième spectacle mais ma curiosité est piquée. Trop tard. Je ne peux que parler de ce que j’ai vu, entendu, vécu hier soir. Bien qu’Ayibobo III se veuille le résultat d’une recherche et d’une exploration de la «spiritualité vaudou haïtienne [qui] remonte aux descendants d’esclaves africains d’origines ethniques diverses, qui ont été «christianisés» par la force coloniale», mon manque de connaissance de cette culture ne me permet pas d’évaluer cet aspect du spectacle ou sa pertinence au cœur de l’ensemble. Encore une fois, je ne puis que parler de ce que j’ai vu, entendu, vécu et cet aspect semble m’avoir échappé.



Qu’à cela ne tienne, j’ai reçu le spectacle «de variétés» dans ce que ce mot a de plus noble proposé par Elle Barbara et ses complices comme un amalgame habile de tableaux musicaux, dansés, théâtralisés qui s’enchaînent de façon pas trop clinquante et qui mettent en valeur les talents des interprètes.



Au milieu d’un décor qui évoque une arène de boxe surplombée de rideaux délicats qui rappellent le sexe féminin, les artistes se déploient tantôt dans des solos de danse évocateurs qui les mettent en valeur, tantôt dans des numéros de danse collectifs tantôt dans des lipsynchs chantés ou parlés (extraits verbaux et parlants des talk shows d’Oprah Winfrey et de Wendy Williams et de la téléréalité de Tyra Banks, America’s Next Top Model). J’ai particulièrement été touché par les performances de Chris M. Barbara et de Rony F. Campbell mais toutes les prestations sont solides et sans faille. Voilà un des spectacles les plus «achevés» que j’aie eu la chance de voir à La Chapelle, salle que j’affectionne tout particulièrement et avec laquelle j’ai renoué hier soir après quelque 18 mois d’absence (et disons que le contraste entre Ayibobo III et le MacDEATH de Jocelyn Pelletier est pour le moins criant, sans jeu de mots !).



Dans la description d’Ayibobo III sur le site de La Chapelle, on peut lire : «Chaque artiste est invité·e à sélectionner un esprit, autrement appelé loa, parmi la panoplie d’intermédiaires qui forment la culture vaudou, et à créer une scène incarnant cet esprit. Elle Barbara travaille auprès de chacun·e des interprètes, tant sur le plan intellectuel que structurel, les invitant à jumeler leur chorégraphie à des moments ou des mouvements improvisés. Les prestations sont entrecoupées de segments audio, extraits de moments forts de la culture populaire et télévisuelle qui abordent les intersectionnalités noires et queer. Ces enjeux amènent les artistes à réagir, dans un contexte critique.» Bien que ce dernier aspect me semble plutôt évacué, n’en demeure pas moins que l’on se régale de cette proposition artistique qui met en valeur une communauté riche et créatrice qui sait si bien se déployer quand on lui en donne le temps et les moyens.


Amateur.e.s de danse, de théâtralisations, de fraîcheur et d’exubérance seront à la fois amusés, touchés et rafraîchis par la générosité et la simplicité avec laquelle se déploie Ayibobo III. Des artistes que je serai heureux de retrouver n’importe quand sur scène.


Notez que, bien que l’on dise que le spectacle est bilingue, il est préférable d’avoir une bonne compréhension de l’anglais pour les extraits «parlés». Le spectacle comporte très peu de français, ne serait-ce que quelques extraits de chansons.


Ayibobo III : Little Dollhouse on the Prairie Direction artistique: Elle Barbara Soutien à la mise en scène : Jordan Brown Avec Chris M. Barbara, Elle Barbara, Syana O. Barbara, Kim N. Sankofa et Rony F. Campbell Conception musicale: Markus Lake Conception des éclairages: Jon Cleveland Conception des costumes: Nalo Soyini Bruce Assistance à la conception des costumes: Courtney Orbin Scénographie : Sabrina Miller Assistance à la scénographie : Stina Baudin Une production House of Barbara et Danse-Cité 11 au 18 septembre 2021 19h relâche mardi (1h10 sans entracte) La Chapelle, Scènes Contemporaines, 3700, rue Saint-Dominique, Montréal Réservations : 514-843-7738 – www.lachapelle.org

Photos: Cuto Reed

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