• Yanik Comeau

Théâtre: Espace Libre ouvre grandes les portes de la caserne pour la saison 2022-2023

Dernière mise à jour : 7 juin

par Yanik Comeau (Comunik Média /ZoneCulture)


Espace Libre a ouvert ses portes en 1981 après que Carbone 14, Omnibus et le Nouveau Théâtre Expérimental aient fait l’acquisition de la caserne no. 19 en 1979. Depuis ce temps, l’espace a accueilli des centaines de spectacles mythiques créés par ses trois compagnies fondatrices mais aussi par d’autres troupes, groupes, compagnies qui ont été accueillis en ses murs dans le cadre de son volet diffusion.


En 2020, en pleine pandémie et pendant la cinquième année de Geoffrey Gaquère à la direction artistique, après des rénovations rafraîchissantes, la salle de spectacle devient la Salle Gravel-Ronfard en hommage à deux de ses fondateurs disparus.


Bien qu’Espace Libre propose peut-être moins de théâtre «expérimental» (en fait, peut-être que la définition d’«expérimental» a évolué et permet du théâtre plus accessible dans l’expérimentation aujourd’hui), son directeur artistique poursuit de belle façon le mandat des fondateurs tout en ouvrant l’espace de plus en plus en fonction de la société en évolution et en ouvrant ses portes toutes grandes au quartier au cœur duquel il se trouve avec d’audacieux projets de démocratisation de la culture sous plusieurs formes.



C'est lundi le 16 mai dernier, entouré de plusieurs des artistes qui vont se produire dans la Salle Gravel-Ronfard en 2022-2023, qu’un Geoffrey Gaquère souriant et gonflé à bloc a présenté les huit (sept en abonnement plus un événement spécial) spectacles qui occuperont l’espace à partir de la fin août et les excellentes bandes-annonces alléchantes qui correspondent à chacune de ces nouvelles créations.


«Notre perception de l’espace a bien changé depuis deux ans,» a-t-il déclaré en se référant à son magnifique texte de présentation aussi disponible sur le site d’Espace Libre. «Confiné, déconfiné, reconfiné, distancié, à l’aise ou à l’étroit dans sa bulle, chacun de nous renégocie comme il le peut son rapport à l’espace.


«Cette saison, nos artistes, à travers leur spectacle, interrogent eux aussi cet espace qu’on nous donne ou qu’on nous refuse, le revendiquent, font sauter les barrières de ce lieu physique et mental dont on se retrouve quelques fois prisonnier malgré nous et partent explorer ces étendues qui nous entourent, de l’Amérique du Nord au Moyen-Orient.»


L’espace physique qu’est la Salle Gravel-Ronfard sera investi des mots et de l’univers de Michel Tremblay qui, revisité par l’héritière du Théâtre Expérimental de Montréal, la fille de Jean-Pierre Ronfard, «la petite Alice devenue grande», fera l’objet d’un projet de balado colossal que l’on transposera, le temps d’une seule représentation de 10 heures, en une lecture publique regroupant seize interprètes qui prêteront leurs voix aux centaines de personnages du monde romanesque et théâtral de notre dramaturge national. La Traversée du siècle sera disponible en ligne, évidemment, mais pour une seule fois en direct dans une grande mise en lecture le 27 août prochain à partir de 10h le matin jusqu’à 22h avec des pauses repas et de nombreux entractes. Un événement qui marquera l’histoire comme le Vie et mort du roi boiteux de son père, la Trilogie des Brassard ou celle des Dragons d’Ex Machina.



La véritable saison s’ouvrira le 16 septembre sur le nouveau spectacle de la compagnie Joe Jack et John qui a pris la place d’Omnibus à Espace Libre en 2018 quand celle-ci a choisi de redevenir nomade. C’est Les Waitress sont tristes de l’artiste neuro-divergent Michael Nimbley soutenu par Catherine Bourgeois, ovni à la croisée des chemins entre théâtre, danse et performance qui marquera le coup de manière originale et rafraîchissante. Des représentations sont prévues à la fois pour les personnes vivant sur le spectre de l’autisme (représentations décontractées), pour les personnes sourdes (avec surtitres en français), pour les personnes malentendantes (support acoustique d’appoint) et pour les personnes non-voyantes ou semi-voyantes (audiodescription).



Du 12 au 29 octobre, le Nouveau Théâtre Expérimental et Ondinnok s’unissent pour créer L’Enclos de Wabush de Louis-Karl Picard-Sioui inspiré de son recueil de nouvelles Chroniques de Kitchike : la grande débarque. Daniel Brière et Dave Jenniss unissent leurs forces pour diriger cette création dans laquelle joueront Marie-Josée Bastien, Charles Bender, Joanie Guérin, Dave Jenniss, René Rousseau et Émily Séguin. Cette pièce aux «accents oniriques et teintée d’humour noir» est la deuxième collaboration des compagnies et a fait l’objet d’une webdiffusion en 2021 dans le cadre du Festival international Présence autochtone. La saison dernière, le NTE créait Les Morts et Une Conjuration d’Alexis Martin (ce dernier qu’on n’a pas pu voir à cause de la pandémie) alors qu’Ondinnok proposait Nmihtaqs Sqotewamqol / La Cendre de ses os à La Licorne.



Juste avant les Fêtes, du 15 novembre au 3 décembre, après le grand succès de Rock Bière : le documentaire ce printemps, la compagnie Pleurer Dans’Douche de Mélodie Noël Rousseau et Geneviève Labelle reviendra pour faire la fête à la diversité de genres avec Ciseaux, un spectacle qui, comme Rock Bière : le documentaire, fera une belle place à des matériaux documentaires et à la parole de personnalités de la diversité sexuelle comme Manon Massé, Monique Giroux, Safia Nolin et Judith Lussier. Rock Bière et Hervé Métal, alter egos des créatrices, seront sur scène, défiant «la binarité pour incarner les protagonistes du récit.» Vous dire combien j’ai hâte !



Du 17 janvier au 4 février, la LNI qu’a fondée Robert Gravel fera un beau retour à Espace Libre avec un spectacle qui s’inscrira dans la lignée des audacieux La LNI s’attaque aux classiques et La LNI s’attaque au cinéma, L’Usine de théâtre potentiel, dans lequel cinq acteurs-créateurs-improvisateurs seront appelés à créer un spectacle spontané de 90 minutes. «Ce spectacle est très différent des matchs d’improvisation qui ont fait la notoriété de la LNI. Ici, tout est préenregistré dans les consoles et imposé aux improvisateur.rice.s jusqu’aux temps de paroles, qui sont prédéterminés. C’est de l’ordre de l’impossible… mais n’est-ce pas ce que le Théâtre de la LNI fait : constamment tenter de réaliser l’impossible?» Un concept développé par François-Étienne Paré et mettant en vedette vétérans et recrues de la LNI, Marie Michaud, Frédéric Blanchette, Mathieu Lepage, Joëlle Paré-Beaulieu et Simon Rousseau. Ça promet !



Après des collaborations avec Les 2 Mondes et avoir lui-même dirigé Espace Libre de 2010 à 2014, Philippe Ducros revient avec ses Productions Hôtel-Motel pour présenter Chambres d’écho, une pièce qu’il a écrite à partir de ses voyages en Syrie en 2004 et en 2006. Une pièce qui fait écho (jeu de mots volontaire) à la tentative de Philippe de retrouver son amie Samia en 2019 alors qu’il se déplace au Liban dans l’espoir de renouer avec elle mais se trouve immobilisé à la frontière. Un duo d’acteurs de talent, Mounia Zahzam et Étienne Pilon, sera dirigé par l’auteur-metteur en scène. Du 14 février au 4 mars. On a hâte !



Sportriarcat de Claire Renaud envahira la scène d’Espace Libre du 14 mars au 1er avril 2023 avec six interprètes tour à tour «Cariatides, joueuses de soccer, nageuses synchronisées, présentatrices télé, femmes ordinaires ou guerrières» s’attardent «sur des fragments de l’histoire pour comprendre où ça a bien pu clocher pour en arriver là. Le théâtre n’est-il pas l’arène idéale pour explorer ces liens entre le sport, le spectacle et la société?» Voilà ce que promet le premier spectacle de la jeune compagnie Les Précieuses Fissures dont la mission est de créer des œuvres à portée sociale et philosophique.



Enfin, c’est Kerouac, 100 ans sur la go ! qui terminera la saison, entre le 21 avril et le 7 mai 2023. Réunissant entre autres Alexis Martin et Jean-Marc Dalpé qui avaient contribué sur Le Wild West Show de Gabriel Dumont, ce «cabaret, atelier de traduction-imprimerie et autres performances nomades» revisitera l’œuvre de l’idole de la Beat Generation 100 ans après sa naissance. On aura droit ici à un spectacle complètement déjanté auquel se joindront des dizaines d’invités au fil des représentations toujours différentes.



Bref, une saison dynamique, criante de vérités multiples et variées, une saison où les voix se poseront dans l’espace et – souhaitons-le – rejoindront plus que jamais leur public.


Pour plus d’information sur la saison ou les abonnements, on peut visiter le site d’Espace Libre au https://espacelibre.qc.ca/ .


Photo de Geoffrey Gaquère: Jérémie Battaglia

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