• Yanik Comeau

Théâtre: «En attendant Œdipe» de François Blouin: De Sophocle à Cocteau en passant par Freud

par Yanik Comeau (Comunik Média / ZoneCulture)

Après avoir réalisé pour la télé, le cinéma (l’excellente adaptation télé des Hardings d’Alexia Bürger, c’est lui), avoir œuvré en réalité virtuelle (Cirque du Soleil, jeux vidéo), en mise en scène au théâtre (Hamlet Director’s Cut), c’est par le mythe d’Œdipe («eu-dipe», nous rappelle-t-il) et son complexe bien connu baptisé par Freud que François Blouin choisit de faire son entrée sur scène comme interprète, d’aller à la rencontre du public. Avec En attendant Œdipe, il fait à la fois un clin d’œil au Godot de Beckett, un hommage à Sophocle et à la mythologie grecque et déclare haut et fort son amour des arts vivants.



En attendant Œdipe, c’est différents personnages joués par un seul et même François Blouin. D’abord, des pieds. Un clown – muet – vient à la rencontre du public qui porte des masques à fenêtre pour que l’interprète, qui brisera sans cesse le quatrième mur, puisse lire ses émotions. Ensuite, c’est le professeur Lucien qui vient offrir une conférence sur Œdipe et son complexe avec PowerPoint à l’appui (hilarant et que François Blouin exploite à merveille) en première partie des comédiens qui viendront présenter la tragédie d’Œdipe. En réalité, cette tragédie ne nous sera jamais présentée comme telle parce que le professeur nous aura donné sa conférence Cliff’s Notes et se sera fait plaisir en jouant les différents personnages avec beaucoup de bagout (et différents niveaux de français, différents accents très amusants). À la fin, on aura néanmoins droit à un magnifique hommage muet au théâtre grec, un petit moment magique.



Dès les premières minutes, François Blouin séduit le public avec son charme, son humour, sa générosité, son authenticité. Bien que l’on déplore qu’il ne parle pas assez fort dans le rôle du professeur (un homme un peu plus vieux, recroquevillé et au timbre feutré) – dans une salle comme La Chapelle, ça ne pardonne pas et il ne faut pas jouer seulement pour les premières rangées (moi qui m’assois toujours à l’arrière pour avoir une vue d’ensemble ? Ouf) –, il s'adresse directement au public, le rend complice et le met dans sa poche. Quand des retardataires entrent, dérangeant qu’on le veuille ou non le rythme du spectacle – ne serait-ce que quelques secondes – Blouin les interpelle mais après «l’humiliation» initiale, s’en fait des amis ! Ils deviendront une sorte de running gag et le gars sera même appelé à venir jouer sur scène avec lui ! On adore.



En attendant Œdipe, c’est une belle trouvaille. Un beau cadeau pour le public de La Chapelle. Je ne saurais vous le recommander suffisamment. Œdipe comme tel est peut-être juste un prétexte pour monter sur scène mais… on achète complètement. Et on a hâte de revoir François Blouin sur les planches.


En attendant Œdipe D’après “Œdipe-roi” de Sophocle Textes, adaptation, mise en scène et interprétation: François Blouin Éminence grise en jeu clownesque et assistance à la mise en scène: Yves Sheriff Éminence grise en tragédie grecque et dramaturgie: Jennyfer Desbiens Scénographie et accessoires: Romain Fabre Lumière et régie: Mathieu Poirier Costumes: François Blouin et Valérie-Jeanne Mathieu Maquillage: Véronique St-Germain Souliers: Sarah Balleux Sons et musique: Nicolas Letarte-Bersianik Direction technique: Andy Calamatas Éminence grise à la production: Xavier Inchauspé Éminences grises à L’Agora / Cie de création: Marc Beaupré et Guillaume Tellier Une production de L’Agora / Cie de création En codiffusion avec La Chapelle Scènes Contemporaines 17 au 22 mars 2022 20h jeudi, vendredi, samedi – 19h lundi/mardi (1h05 sans entracte) La Chapelle, Scènes Contemporaines, 3700, rue Saint-Dominique, Montréal Réservations : 514-843-7738 – www.lachapelle.org Photos: Maxime Brodeur

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