• Yanik Comeau

Théâtre anglophone: «Glengarry Glen Ross» de David Mamet: Au plus fort la poche

Mis à jour : 13 juil. 2019

par Yanik Comeau (ZoneCulture/Comunik Média)


Vaut mieux tout vous dire d’entrée de jeu. David Mamet est un de mes scénaristes et auteurs de théâtre favoris. À ce jour, Glengarry Glen Ross (la pièce et son adaptation pour long-métrage) et le scénario du film The Edge (À couteaux tirés, 1997) demeurent deux de mes textes favoris, toutes catégories confondues. Quand j’ai vu qu’on allait remonter Glengarry Glen Ross à Montréal, après avoir vu la production de La Licorne en 1989 avec Jean-Pierre Bergeron, Pierre Collin, Gildor Roy et compagnie et le film formidable de James Foley mettant en vedette Al Pacino, Jack Lemmon, Alec Baldwin et plusieurs autres, et ayant raté la reprise du Rideau Vert il y a quelques années, j’étais à la fois excité et sceptique. Glengarry Glen Ross – et tous les textes de David Mamet, par ailleurs – est une pièce colossale qui ne peut pas être prise à la légère et j’avais peur que Davyn Ryall et son Acts to Grind Theatre me fassent grincer des dents avec une production de piètre qualité. Heureusement, il n’en est rien. Cette production est à la hauteur.



Pour que la production d’une pièce de Mamet frappe la cible, il faut une distribution solide et un metteur en scène dont la force est la direction d’acteurs. Pas besoin de décor qui coûte les yeux de la tête, pas besoin d’éléments techniques impressionnants ou d’une salle extraordinaire. Bien que la mouture que propose Acts to Grind Theatre ne soit pas sans faille et que la direction d’acteurs de Davyn Ryall ne soit pas parfaite, ce spectacle mérite d’être vu et les non-initiés de Mamet sauront apprécier sans contredit cette première incursion dans l’univers de l’auteur de Wag the Dog.


Les pièces et les scénarios de Mamet comportent généralement du dialogue hachuré qui doit être livré avec beaucoup de rythme, des répliques lancées avec la précision et la vitesse d’un missile, des personnages qui s’interrompent et parlent tous en même temps. Dans la première scène, Bryan Libero (incarnant le gérant de bureau John Williamson) et Zag Dorison (dans la peau du vieux vendeur Shelly Levene, un rôle rendu célèbre par le légendaire Jack Lemmon dans le film) semblaient manquer le bateau au niveau du rythme. Fort heureusement, la cadence musicale des mots de Mamet est revenue dès la deuxième scène et, à partir de là, l’auteur était de retour… tournant à plein régime.



Bien que la distribution ne soit pas 100% homogène, elle est généralement très bonne. Même si l’accent de Jake Caceres s’avère un peu dérangeant au début (particulièrement parce qu’il déplace étrangement les accents toniques), il livre néanmoins un excellent David Moss. Pas une mince tâche que de remplir les souliers portés par Ed Harris au grand écran. Izak Benrobi est un choix particulier pour le rôle de Richard Roma mais il passe définitivement pour un bon requin de la vente et un collègue de travail compatissant à la fois. Michael Aronovitch (George) et Bryan Libero (John) tirent bien leur épingle du jeu et le jeune finissant du programme de théâtre à Dawson, Olivier Ross-Parent, propose un Blake (qui ne se rappelle pas de la performance d’Alec Baldwin?) très convaincant. Son rôle d’agent détective de la police dans la deuxième partie est moins à point, mais peut-être s’agit-il là davantage d’un problème de mise en scène qu’autre chose (avec un costume plus clair? Coiffure et maquillage différents?).


Enfin, l’interprétation de Zag Dorison dans le rôle pivot de Shelly Levene est impressionnante. Il offre une performance dans laquelle le personnage s’avère moins pathétique, plus touchant et attendrissant. Le jeu physique de l’acteur et ses choix originaux font ressortir l’urgence et l’anxiété criante du pauvre vieux vendeur en fin de piste, ajoutant des couches de couleur qui fonctionnent à merveille.

Tout compte fait, montée avec des moyens modestes, la production de Acts to Grind Theatre du classique de Mamet, gagnant du prix Pulitzer, du prix Laurence Olivier et de quelques Tony Awards, s’avère une soirée de théâtre agréable et honnête. À voir.

Glengarry Glen Ross de David Mamet Mise en scène: Davyn Ryall Distribution: Michael Aronovitch, Izak Benrobi, Jake Caceres, Zag Dorison, Bryan Libero, Olivier Ross-Parent et Davyn Ryall Son et lumières, assistant à la production: Richard Smith Conception du décor: Molly Desormeaux Une production de Acts to Grind Theatre 7 au 18 novembre 2018, 20h (Durée: approx. 1h50, incluant un entracte de 10 minutes)

MainLine Theatre, Espace Minimain, 3997, boul. Saint-Laurent, Montréal Billets: 22$, 18$ taxes et frais de service inclus Réservations: 514-849-3378 – www.mainlinetheatre.ca

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