• Yanik Comeau

Spectacle interdisciplinaire: «Sam & Angèle» de Sovann Rochon – Prom Tep: Espace ludique à louer

par Yanik Comeau (Comunik Média)

Samantha Hinds et Angélique Willke sont des danseuses, chanteuses, performeuses de grand talent. Les réunir sur scène ne peut être autre chose que «lightning in a bottle» comme diraient les Chinois. Un éclair… de génie. Du feu. Sovann Rochon est l’instigateur de cette rencontre. C’est à lui que l’on doit ces petits éclairs de magie auxquels on a droit sur la scène de La Chapelle, Scènes Contemporaines ces jours-ci.



Dans une installation scénique de Laïla Mestari (qui a également contribué un très beau texte que j’aurais apprécié que les interprètes livrent avec un peu plus de coffre, de projection) qui explore les textiles et la fabrication d’objets surdimensionnés, Samantha et Angélique récitent, chantent, dansent, vivent pendant cinquante minutes. Elles enchaînent des numéros solos et duos, se meuvent dans cet espace exploratoire esquissé, déplacent les objets sans trop qu’on comprenne pourquoi, sans trop qu’on arrive à s’expliquer la démarche. Peut-être qu’il ne faut pas, justement. Peut-être qu’il faut juste se laisser aller à la proposition, celle qu’on nous explique sommairement en ces mots:


«Vous êtes chaleureusement accueilli·es dans un grand collage d’idées, de mélodies, de corps en mouvement et de textiles. À travers une exploration du plaisir, du sacré, de l’amour propre et du doute, la notion d’identité se décortique.


Pour ce spectacle, Sovann Rochon-Prom Tep puise dans la créativité et l’expérience des artistes de danse et de chant Samantha Hinds et Angélique Willkie, ainsi que de l’artiste visuelle Laïla Mestari. À partir de cette matière intime, il dessine les grandes lignes d’un univers commun et éclaté qui prend vie grâce à ses complices.»



C’est peut-être cette dernière ligne qui cause le plus problème. Parce que Sovann Rochon ne dessine peut-être pas assez, justement, laisse peut-être trop ses complices à elles-mêmes sans proposer de véritable fil conducteur ce qui fait qu’en effet on a droit à un «grand collage d’idées» qui nous laisse sur notre faim.


L’exploration est intéressante, les voix chantées des interprètes sont belles et riches et quand elles s’harmonisent, on les écouterait pendant des heures; les corps des interprètes bougent avec une habileté et une agilité qui ravissent. Il fait d’ailleurs bon revoir et entendre Angélique Willke à La Chapelle après la Confession publique qu’elle a offerte à l’automne avec la chorégraphe Mélanie Demers mais je questionne cette trop grande liberté offerte aux interprètes, ces 50 minutes qui ressemblent à une carte blanche sans vision. Les magnifiques «matières intimes» (j’inclus là-dedans les interprètes) dont disposaient Sovann Rochon auraient gagné à être dirigées, mises au défi, poussées plus loin.



Le résultat est malgré tout agréable à l’œil et à l’oreille, touchant et drôle même par moments. On ne s’ennuie pas avec Sam & Angèle, mais on aurait aimé les entendre mieux (vivement les metteurs en scène qui n’oublient pas que La Chapelle, c’est du béton, pas la Maison Symphonique alors l’acoustique…), les comprendre davantage, avoir été davantage mis dans le coup.



Sam & Angèle Instigateur: Sovann Rochon – Prom Tep Performance et cocréation: Samantha Hinds et Angélique Willke Installation visuelle: Laïla Mestari Conseillère artistique: Anne Thériault Conception des éclairages: Jonathan Cleveland Direction de production et technique: Félix-Antoine Gauthier Producteur délégué: Lorganisme Coproduction: La Chapelle Scènes Contemporaines, Diagramme – gestion culturelle, Agora de la Danse 7, 8, 10 et 11 mars 2022 19h (lundi, mardi), 20h (jeudi, vendredi (durée: 50 minutes) La Chapelle, Scènes Contemporaines, 3700, rue Saint-Dominique, Montréal Réservations : 514-843-7738 – www.lachapelle.org

Photos (1,2): David Wong; (3): Vanessa Fortin

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