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  • Yanik Comeau

«Misery» de William Goldman: Écrivain sur ordonnance

Mis à jour : 3 juil 2019

par Yanik Comeau (Comunik Média / ZoneCulture)


Après avoir proposé Oleanna de David Mamet l’été dernier, la charmante Salle Alec et Gérard Pelletier de Sutton y va d’une autre pièce sombre et dure cet été, plongeant cette fois dans l’univers du maître de l’horreur psychologique, Stephen King. C’est en parcourant les États-Unis à l’été 2018 que Robert Toupin tombe par hasard sur un journal local qui lui apprend l’existence d’une adaptation théâtrale du Misery de Stephen King. Curieux, il veut immédiatement mettre la main sur le texte et le proposer à Sutton, son patelin depuis plus de 45 ans.


Étant donné le succès de l’adaptation cinématographique de l’œuvre par Rob Reiner (When Harry Met Sally, The Princess Bride, Stand by Me) et les performances mémorables de Kathy Bates et James Caan, la barre était haute et les chances de se planter royalement étaient très grandes. Présenter une œuvre si noire, si dure, si creepy pendant la saison estivale n’est pas la chose la plus évidente non plus malgré le fait qu’Oleanna n’était pas une petite comédie ensoleillée non plus !


Fort heureusement, la production dirigée par Jean-François Pichette, qui signe ici sa première mise en scène, est une belle réussite. Bien que la traduction soit parsemée de quelques maladresses légères, elle est généralement efficace et habile. On s’étonne que les comédiens prononcent le nom de famille d’Annie (le personnage de Kathy Bates dans le film) Wil-keys au lieu de Wilks, mais on pardonne aux acteurs et metteur en scène qui ont sans doute voulu respecter le fait que, généralement, les ‘e’ ne soient pas muets en anglais.


Cela étant dit, Andrée Pelletier, coscénariste de la série Blanche avec sa sœur Louise, rappelons-le, est épatante dans le rôle de la Number One Fan de Paul Sheldon, l’écrivain créateur du personnage de Misery Chastain qu’elle séquestre chez elle. Habile, nuancée et bien dirigée (du moins, on le devine), elle ne tombe pas dans la caricature, abordant parfois le personnage comme une petite fille mésadaptée socio-affective pâmée et amoureuse de son idole, oscillant entre la naïveté et le cynisme, parfois comme une psychopathe terrifiante au regard assassin – et aux actions tout aussi dévastatrice. Robert Toupin est tellement juste dans le rôle de l’écrivain séquestré. On croit tout autant à sa douleur physique qu’à sa détresse psychologique. Comme sa partenaire de jeu, il finit par nous faire oublier l’acteur qui a rendu le rôle célèbre au cinéma.



Seule ombre au tableau lorsque l’on parle de cette production ? L’interprétation vraiment pitoyable du troisième comédien de la distribution, Michel Fradette. Bien qu’il joue un tout petit rôle, Buster le policier qui cherche l’écrivain disparu, on se désole que la production n’ait pas pris la peine d’embaucher un véritable acteur professionnel pour compléter la distribution. Dans certaines de ses scènes avec Andrée Pelletier, la pauvre comédienne, si juste et si efficace dans tous les autres moments, semble déstabilisée par ce niveau de jeu dérangeant. On a juste hâte qu’il ressorte pour qu’elle reprenne possession de ses moyens.



Cela étant dit, la mise en scène habile de Jean-François Pichette, le décor et les accessoires à point d’Éric Charbonneau, Paul Dorion et Michel Fradette, la musique sublime de François Dompierre et la conception sonore de J.-P. Villemure (ah, le bruit des touches de dactylo manuelle !) contribuent tous à soutenir le duo d’acteurs qu’il fait bon redécouvrir dans l’univers troublant de Stephen King.



Pour l’adaptation efficace de Goldman, l’interprétation des acteurs principaux, la sympathique salle Alec et Gérard Pelletier et son équipe tout aussi chaleureuse, on se réjouit devant Misery. Je serai certes au rendez-vous l’an prochain… et je suis déjà curieux de voir ce qu’on nous proposera. D’ici là, fan ou pas de Stephen King, tentez votre chance!


Misery de William Goldman, d’après le roman de Stephen King Traduction: Andrée Pelletier, Louise Pelletier et Robert Toupin Mise en scène: Jean-François Pichette Avec Andrée Pelletier, Robert Toupin et Michel Fradette Production: Salle Alec et Gérard Pelletier Du 27 juin au 10 août 2019 (2h incluant l’entracte) Salle Alec & Gérard Pelletier – 4-C, rue Maple, Sutton Réservations: 450-538-0486 Information: salleagpelletier.com

Photos: Christina Alonzo