• Yanik Comeau

Le théâtre, c'est...

Dernière mise à jour : 20 mars

par Yanik Comeau, comédien, metteur en scène, auteur, directeur artistique, journaliste, scénariste, traducteur/adaptateur


En attendant de revenir au théâtre, profitons bien sûr de chaque captation audio et vidéo, de chaque entrevue, chaque témoignage, chaque hommage anniversaire souligné virtuellement (je pense au Théâtre du Nouveau Monde et au Théâtre La Licorne cette année tout particulièrement et au Théâtre du Trident l'an dernier! Bonnes fêtes!), lisons des pièces, partageons... mais le théâtre ne peut pas être que ça.



Le théâtre, c'est une communion. Le théâtre, c'est l'effort de 5, 10, 50, 122, 237, 376, mille personnes qui (ouin, l'hiver...) enfilent leurs bottes et les manteaux encombrants qu'ils retirent debout devant un siège à coup de "'scusez" et s'assoient tassés ou pas dans une salle pour vivre un moment unique. Un moment parfois loufoque, parfois bizarrre, parfois ben normal, parfois troublant, parfois bouleversant, parfois coup de poing, mais toujours unique et vivant.


Le théâtre, c'est Muriel Dutil qui doit interrompre son monologue dans «Messe solennelle pour une pleine lune d'été» de Michel Tremblay au Théâtre Duceppe parce qu'on vient de crier "arrêtez, arrêtez, y a-t-il un médecin dans la salle?" et qui revient sur scène 10, 15 minutes plus tard et reprend avec un aplomb époustouflant après que les ambulanciers soient venus chercher le pauvre spectateur pris d'un malaise.


Le théâtre, c'est la représentation de l'adaptation de «Le Bruit et la Fureur» de William Faulkner par Pierre Yves Lemieux au Théâtre ESPACE GO par le Théâtre de l'Opsis qui commence en retard et doit être interrompue avant la fin parce que ce pauvre Patrick Hivon est juste trop malade ce jour-là pour continuer.


Le théâtre, c'est Paul Savoie qui stresse en coulisses avant chaque représentation de «Paris-Berlin» au Café de la Place de la Place des Arts parce que, chaque soir, il doit choisir un nouveau spectateur à qui il adressera le monologue «Vous êtes un con» et que ce n'est pas tous les soirs que le spectateur trouve ça drôle et accepte de jouer le jeu.



Le théâtre, c'est Sophie Cadieux qui, le soir de la première média de «Cette fille-là» de Joan MacLeod au Théâtre La Licorne, est interrompue par une panne d'électricité et attend, seule en scène, assise devant un public qui ose à peine respirer, pour voir si elle pourra continuer.


Le théâtre, c'est Markita Boies qui présente «Autour du Lactume» de Réjean Ducharme dans l'intimité de la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier et se trouve tout à coup plongée dans le noir à cause des vents terribles qui soufflent dehors et ont decidé de jouer un bon tour à Hydro-Québec. Le théâtre, c'est Markita qui poursuit, éclairée par les cellulaires des spectateurs qui se rallient autour d'elle pour la porter, lui donner des ailes.



Le théâtre, c'est moi qui joue «La Duchesse de Langeais» de Michel Tremblay au Théâtre du Vieux-Laprairie en 1987 et qui, à l'entracte de la troisième représentation, se retrouve en bobettes en coulisses quand l'éclairage remonte sur scène parce que mon technicien a oublié de venir m'aider à enfiler mon deuxième costume, question que je n'arrache pas mes faux sourcils au passage... parce qu'il a passé l'entracte à jaser avec une belle fille qu'il avait invitée et m'a oublié dans la loge.


Le théâtre, c'est une comédie désopilante qui triomphe le mercredi et qui ne trouve pas son public le jeudi. Le théâtre, c'est un trou de mémoire qui fout tout en l'air à la matinée du samedi et un texte qui sort sans aucune hésitation à la représentation du samedi soir. Le théâtre, c'est cent spectateurs qui soupirent d'exaspération, soixante spectacteurs qui se contentent de rouler des yeux pendant que vingt autres se tournent avec impatience vers une pauvre épaisse qui était trop occupée à jaser pendant que Lorraine Pintal, Denise Filiatrault, Michel Dumont préenregistrés nous rappelaient d'éteindre nos cellulaires et de déballer «menthes et bonbons».


Le théâtre, c'est l'art qui respire, qui rit, qui pleure, qui transpire, qui postillonne, qui rage, qui s'arrache le coeur (et parfois les vêtements!), qui mange, qui boit, qui fume, n'en déplaise aux bien-pensants.


Le théâtre, c'est une communauté à laquelle tout le monde est invité.




#artsvivants #artsvivantsessentiels

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