Journal «Bienvenue à bord!»: 29 mars 2021

LES TROIS DERNIÈRES PIÈCES SONT ÉCRITES: TERMINUS!


par Yanik Comeau (Comunik Média)


Après avoir été freiné pendant presqu'un an à cause de la pandémie de #COVID19, en me remettant à l'écriture du projet «Bienvenue à bord! - 68 stations de métro, 68 courtes pièces de théâtre pour enfants, adolescents et adultes» le 28 février dernier, je me suis donné comme objectif d'avoir écrit les pièces qui me manquaient avant la fin mars 2021. Un mois pour écrire 17 pièces. Aujourd'hui, j'ai écrit les trois dernières. Mission accomplie. Terminus à ce grand projet.


Je suis parti de chez moi vers 13h45 et, quand j'ai vu le beau soleil, je me suis dit que je marcherais de mon extrémité de Wellington jusqu'au Métro Lionel-Groulx parce que les trois stations qu'il me restait à visiter pour écrire étaient sur les lignes orange et bleue. Le soleil m'avait caché que le vent était intense, fort, glacial. Néanmoins, j'ai tenu bon. J'ai marché presque une heure pour me rendre à Lionel-Groulx. Arrivé là, le timing a été parfait pour que je monte dans le train direction Montmorency. Premier arrêt dans mon plan de match, la station la plus éloignée, Sauvé.


Le métro avait une autre idée, lui. Après deux stations, le train s'arrête à Lucien-L'Allier et on apprend que nous resterons à quai pour un bon moment parce que «les services médicaux d'urgence» doivent intervenir entre les stations Montmorency et Crémazie. Bon... mon premier réflexe dans de telles situations est toujours de penser à la personne, aux personnes blessées, en détresse physique ou psychologique... Ça nous rend plus patient. Ça remet les choses en perspective.


Après une quinzaine de minutes, le train s'est remis en marche. Comme le service demeurait interrompu entre Montmorency et Crémazie, je ne pouvais pas me rendre tout de suite à Sauvé. J'ai donc choisi de descendre à Laurier, la station que je m'étais gardée pour la fin de la journée, mais qui allait devenir la première que je visiterais. Comme Sauvé, Laurier a été une des premières stations à ouvrir en 1966.


J'ai beaucoup côtoyé la station Laurier à l'époque où j'allais au Collège Brébeuf. Je prenais l'autobus 55 de Laurier pour me rendre au Collège sur chemin de la Côte Sainte-Catherine dans les mois avant que la ligne bleue soit inaugurée... et même après. Pendant les deux ans que j'ai été à Brébeuf. Entre 1980 et 1982. J'ai ensuite emprunté régulièrement la station quand j'avais à me rendre à la bibliothèque de l'École Nationale de Théâtre ou au Théâtre du Rideau Vert.


Elle est sombre. Elle n'est pas gaie. Je l'ai beaucoup marchée aujourd'hui dans l'espoir d'y rencontrer des personnages. Circulant dans la station, j'ai été pris d'un vertige parce que j'avais l'impression - encore! - que rien n'allait me venir. Que rien n'allait se passer. Que l'inspiration ferait sa radine. Que les muses demeureraient cachées. Après un moment, à cause du ralentissement de service, elle a été envahie par des hordes d'adolescents et d'adolescentes sur les deux quais. Puis, finalement, un jeune seul, un peu plus rond, avec un capuchon, un foulard dans le cou, des lunettes de soleil, est venu s'asseoir sur une de ces pastilles de bois, près de moi. Un style bien à lui. Il semblait attendre quelque chose de son téléphone. Un appel? La réponse à un texto qu'il avait envoyé? Est arrivé un membre des Forces Canadiennes en uniforme de camouflage. Il détonnait. J'ai pensé à mon ami Maxime. J'ai extrapolé. Comme font les auteurs de théâtre. Les auteurs de fiction. J'ai eu envie de provoquer une rencontre entre eux. Je ne pensais jamais que leur conversation pourrait aller si loin, qu'ils se permettraient autant de candeur. Est-ce parce qu'ils savaient qu'ils étaient parmi les derniers personnages de ce projet?


J'étais épuisé quand j'ai quitté Laurier. Fatigue mentale? Psychologique? Cet incident au bout de la ligne orange m'avait-il affecté à ce point? Je ne sais pas. Pendant que mon train roulait vers Montmorency, la voix de Michèle Deslauriers nous a confirmé que «le service reprenait graduellement sur la ligne orange».


À Jean-Talon, j'ai décidé d'aller vers Fabre, la dernière station qu'il me restait à visiter sur la ligne bleue. Après avoir arpenté la station et avoir pris connaissance des revêtements muraux en béton polymère coloré de Jean-Noël Poliquin, des rampes tubulaires en acier inoxydable auxquelles il a ingénieusement prêté plusieurs fonctions, je me suis assis et j'ai attendu mes personnages. C'était tranquille à la station Fabre à l'heure de pointe. Mais j'ai vu un jeune homme souriant, portant trois boîtes de carton, et mon imagination s'est mise en branle. J'ai appelé le jeune homme Jean-Noël... et son sourire coquin - combiné à l'excitation qu'il ressentait en pensant à ce qui se trouvait dans ses boîtes - l'ont poussé à entamer une conversation avec Richard, un jeune homme fermé, asocial qui portait des lunettes de soleil en consultant son téléphone. Je croyais qu'ils seraient seuls dans la pièce, mais finalement, Richard est parti avant le punch et j'ai fait entrer Claudette en scène. C'est elle, finalement, dans un drôle de détournement de situation un peu absurde qui nous a fait connaître ce qu'il y avait dans les boîtes de Jean-Noël. Et on est tombé dans un loufoque un peu troublant avec une chute qui n'est pas arrivée comme je croyais!


Après avoir écrit une pièce deux fois plus longue que je pensais, j'ai quitté Fabre pour retourner sur la ligne orange et écrire ma pièce à la station Sauvé. Ma dernière.


Deux jeunes hommes sur le quai direction Côte-Vertu m'ont inspiré une pièce muette à quatre personnages. Une pièce dans laquelle un gars avec un téléphone cellulaire se retrouve à proximité de potentiels partenaires amoureux grâce à une application coquine. Qui aurait cru que c'est là que les muses allaient m'emmener pour ma dernière pièce? Je me suis trouvé à écrire cette longue didascalie, ces notes pour mener à des lazzi, des situations comiques et physiques sans parole! Une pièce courte, certes, mais que je crois que quelques comédiens audacieux - avec le/la bon/ne metteur/e en scène - auront un plaisir fou à construire.



Et voilà... c'est terminé. 68 stations de métro visitées entre le 27 septembre 2019 et le 29 mars 2021 - avec un arrêt complet entre le 13 mars 2020 et le 27 février 2021 - pour écrire 68 courtes pièces de théâtre, en écriture spontanée, en direct, dans des cahiers pour ensuite les retranscrire à la maison.


Je le dis toujours et je le répète: j'ai si hâte de partager toutes ces situations, tous ces personnages avec vous. Merci de m'avoir suivi dans cette aventure. J'espère que vous voudrez vous procurer le livre. Pour monter les pièces ou juste pour les lire, pour votre plaisir. Pour plonger dans le métro avec sa faune fascinante. Celle que j'ai considérablement transformée par la fiction.


Terminus... tout le monde descend. Pour le moment.

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