• Yanik Comeau

Danse: «La Disparition des choses» d’Amélie Rajotte: Rencontre avec la créatrice

Dernière mise à jour : 31 mars

par Yanik Comeau (Comunik Média / ZoneCulture)

Fébrile et excitée d’enfin remonter sur scène après la pandémie mais aussi un congé de maternité, la chorégraphe et danseuse contemporaine Amélie Rajotte donne rendez-vous à ZoneCulture au sympathique Café Moustache de la rue Beaubien à Montréal à une semaine de la répétition générale de sa nouvelle création La Disparition des choses à l’Agora de la danse.



«C’est sûr que ça fait beaucoup de choses à penser mais on est prêts et je travaille avec une équipe formidable,» confie Amélie Rajotte. La créatrice raconte que La Disparition des choses a commencé à prendre forme lors d’une résidence de création à la Fabrik Potsdam en Allemagne en 2017 parallèlement au travail de recherche sur une autre œuvre, La Possibilité d’une tragédie, les deux spectacles devenant en quelque sorte un diptyque.


Alors que La Possibilité d’une tragédie rassemblait sur scène une centaine de plantes, plusieurs exotiques et sensibles au froid («j’ai même fait appel à une botaniste quand nous avons dû les déplacer pour présenter le spectacle en janvier à moins 40 degrés pour m’assurer qu’on en prenait le plus grand soin,» confie-t-elle avec l’émerveillement des souvenirs dans les yeux), La Disparition des choses traite justement de la disparition de la verdure… et de la capacité d’adaptation de l’humain. «Les deux spectacles sont partis d’une exploration de l’être humain dans l’espace – c’est une des choses qui me fascine, les petits gestes du quotidien dans le mouvement – mais alors que La Possibilité d’une tragédie explorait le rapport de l’humain au jardin, au petit, ce qu’il peut contrôler, La Disparition des choses est une pièce post-apocalyptique qui pose la question: «Comment l’humain peut survivre s’il est privé de nature, s’il n’y a plus de nature? Je voulais essayer de voir à quel point l’imaginaire peut éveiller ces sensations.»



À partir de là – et alors qu’elle avait déjà travaillé avec sa grande sœur Nelly-Ève Rajotte, artiste visuelle multidisciplinaire, réalisatrice de cinéma, créatrice d’images qu’elle fait danser, Amélie a déployé son exploration. Déjà inspirée par certaines des œuvres de sa frangine, Amélie voyait dans le travail de Nelly-Ève des possibilités de collaboration. L’exploration s’est faite parfois en parallèle, parfois en étroite collaboration. Comme avec les créateurs sonores Olivier Landry-Gagnon et ses synthétiseurs modulaires et Stéphanie Castonguay et ses instruments «trafiqués» qui sont, comme l’explique Amélie Rajotte, des œuvres d’art fascinantes en soit. «On a fait une recherche en studio avec les performeurs sonores et ça nous a menés à explorer autant les sons et les images qui appuient la chorégraphie que les sons qui vont contraster. Parfois, Nelly-Ève va créer une partie vertigineuse – par exemple avec son drone au-dessus d’une chute – et nous allons faire parler ça en mouvement.»


Passionnée et animée, toute en mouvement même sur son tabouret dans le café, gardant son masque de protocole pour prendre toutes les précautions jusqu’à la dernière minute question d’éviter que ce si précieux rendez-vous avec le public à venir soit compromis, Amélie Rajotte se garde bien d’avoir créé un spectacle hermétique, réservé à ceux et celles qui connaissent la danse contemporaine.



«On est vraiment là avec vous autres,» rassure-t-elle. «Ça bouge. Les musiciens créent en direct. On va vivre quelque chose ensemble. J’ai un gros lâché prise par rapport à ça, question de garder ça très humain. C’est pas un spectacle moralisateur ou pessimiste. Même quand on était encore à l’étape exploratoire, les personnes qui l’ont vu – même incomplet, même en développement – me disaient qu’on leur avait fait vivre quelque chose.» C’est bien là objectif, d’abord et avant tout. Chacun y comprend quelque chose à partir de son ressenti. Sans bonne ou mauvaise réponse.


Accompagnée sur scène par la danseuse Marie-Philippe Santerre, ses complices performeurs musicaux et les images vivantes de sa soeur, Amélie Rajotte raconte que ces montagnes russes que sont les 50 minutes du spectacle sont d’une grande intensité pour les danseuses. Quand on lui demande comment elles tiendront jusqu’à la générale mardi prochain à faire des enchaînements tous les jours sans s’épuiser, elle explique que c’est plutôt en l’enchaînant constamment que les corps se l’approprient, que les corps se préparent à des représentations à toute épreuve… mais où tout peut arriver parce que c’est ça, la magie des arts vivants.



La Disparition des choses

Chorégraphie: Amélie Rajotte

Danseuses: Amélie Rajotte, Marie-Philippe Santerre

Performeurs sonores: Stéphanie Castonguay, Olivier Landry-Gagnon

Conceptrice vidéo: Nelly-Ève Rajotte

Conseillère à la dramaturgie: Sophie Michaud

Conseillère artistique: Jessica Serli

Éclairages: Stéphane Ménigot

Direction technique et régie son: Samuel Thériault

Costumes: Léonie Blanchet

Vidéo promotionnelle: Nelly-Ève Rajotte (images, montage et co-réalisation), Thomas Bourgeois (captation des images de danse et co-réalisation), David Kristian (conception sonore)

Direction de production: Maurice-Gaston Du Berger

Production déléguée: Lorganisme

Coproduction: Agora de la danse

Résidences de création: Fabrik Potsdam (Allemagne), Centre des Arts Diane-Dufresne (Repentigny), Recto Verso (Québec), Circuit-Est Centre chorégraphique, Maison de la culture du Plateau-Mont-Royal, Agora de la danse (Montréal)

Information: https://agoradanse.com/evenement/la-disparition-des-choses/

Photos : Justine Latour

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